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29 novembre 2020

Le nombre de civils tués au Yémen est à multiplier par cinq



Au Yémen, le nombre de victimes civiles des trois dernières années d’horreur est immensément sous-estimé par les organes officiels, leur nombre réel dépassant les 100 000.

Une ONG chargée de rapporter les victimes de la guerre du Yémen, a reconnu avoir sous-estimé d’au moins cinq fois le nombre de victimes des trois ans de guerre.

Le projet Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) avait initialement estimé qu’environ 10 000 personnes avaient perdu la vie pendant la guerre du Yémen. C’est en gros, le nombre rapporté par l’Organisation mondiale de la santé, dont les estimations provenant d’enquêtes, sont périodiquement citées par les agences de l’ONU et les médias du monde. Or l’ACLED évalue à présent que le nombre réel de victimes est probablement compris entre 70 000 et 80 000.

Or, ces évaluations n’incluent pas les milliers de victimes indirectes de la guerre, comme ceux morts de faim et des maladies inévitables que sont la diphtérie et le choléra. En décembre 2016, l’UNICEF a signalé qu’un enfant mourait toutes les 10 minutes au Yémen, et que la crise humanitaire ne fait qu’empirer. À ce rythme, le nombre total de victimes directes et indirectes de la guerre, doit à présent dépasser les 100 000.

En septembre 2016, une autre ONG, Yemen Data Project, a révélé qu’au moins un tiers des raids aériens de l’Arabie saoudite, dont beaucoup sont menés avec des avions et des bombes étasuniens (avions ravitaillés en vol jusqu’à vendredi par les États-Unis), bombardent hôpitaux, écoles, marchés, mosquées et autres cibles civiles. Selon Yemen Data Project, au moins la moitié des hôpitaux et des établissements de santé étant endommagés ou détruits, ils sont à peine capables de soigner les victimes de la guerre ou de servir leurs communautés. Il ne faut donc pas parler de compiler des chiffres sérieux pour les enquêtes de l’OMS.

Même les enquêtes exhaustives sur les hôpitaux entièrement opérationnels, ne représenteraient qu’une fraction des victimes de la guerre, puisque la plupart ne meurent pas à l’hôpital. Malgré cela, l’ONU et les médias du monde citent toujours les enquêtes de l’OMS comme des évaluations fiables du nombre total de gens tués au Yémen.

Dramatiquement faux

Dans la série de trois articles parus dans Consortium News en avril, j’affirmais que les estimations dans les zones de guerre étasuniennes sont probablement fausses, puisque c’est ce que les épidémiologistes constatent chaque fois qu’ils étudient sérieusement la mortalité, à l’aide de principes statistiques bien établies, dans les zones de guerre à travers le monde.

Les épidémiologistes ont employé dernièrement quelques-unes de ces techniques pour évaluer qu’environ 3000 personnes sont décédées à Porto Rico, des suites du cyclone Maria. Des études au Rwanda et dans la République démocratique du Congo ravagés par la guerre, ont été largement citées, sans la moindre polémique, par les dirigeants politiques et les médias occidentaux.

Quelques-uns de ces mêmes experts en santé publique qui ont travaillé au Rwanda et au Congo, avaient employé les mêmes méthodes pour estimer le nombre de victimes de l’invasion et de l’occupation de l’Irak par les États-Unis et le Royaume-Uni. Dans deux études publiées en 2004 et 2006 dans la revue médicale Lancet, ils ont trouvé qu’environ 600 000 personnes avaient été tuées au cours des trois premières années de guerre et d’occupation.

L’acceptation généralisée de ces résultats aurait été politiquement désastreuse pour les gouvernements étasunien et britannique. Elle aurait aussi discrédité un peu plus les médias occidentaux qui soutenaient l’invasion de l’Irak et qui ont toujours mis sur le dos des victimes irakiennes l’invasion illégale de leur pays, la violence et le chaos de l’occupation. Le conseiller scientifique en chef du ministère de la Défense britannique a qualifié de ‘fiable’ le modèle des études du Lancet, et de ‘proches des meilleures pratiques’ ses méthodes, et les responsables britanniques ont admis en privé que le Lancet « a probablement raison. » Les gouvernements étasunien et britannique ont néanmoins lancé une campagne concertée pour le discréditer.

Aucune base scientifique

En 2005, alors que les autorités étasuniennes et britanniques et leurs acolytes dans les médias proches du système politique, rejetaient son travail, l’auteur principal de l’étude de 2004, Les Roberts, a confié au média Watchdog Media Lens : « Il est étrange que la presse adopte la logique de l’épidémiologie relatif à de nouvelles drogues ou, d’une façon ou d’une autre, des évolutions de risques pour la santé, alors que cette mortalité est le fruit des forces armées. »

Roberts, qui était à Johns Hopkins School of Public Health au moment de l’étude de 2004, et qui est à présent à Columbia, a dit précisément que les objections soulevées à l’égard de son travail et de ses conclusions n’ont aucun fondement scientifique légitime. Mais il n’y avait aucune étrangeté à ce que des dirigeants politiques mis au pied du mur, emploient tous les moyens à leur disposition pour tenter de sauver leur carrière et leur réputation – et préserver la liberté d’action future des États-Unis et du Royaume-Uni pour aller détruire les pays qui sont en travers de leur chemin.

En 2005, en Irak, la plupart des journalistes occidentaux étaient retranchés dans la Zone verte fortifiée de Bagdad, principalement dans la salle de briefing du CENTCOM. S’ils s’aventuraient à l’extérieur, ils étaient intégrés dans les forces étasuniennes se déplaçant en hélicoptère ou en convoi blindé entre leurs bases fortifiées. Dahr Jamail était l’un des rares Étasuniens courageux et non intégrés, faisant des reportages là-bas. Dahr m’a dit qu’il pensait que le nombre réel d’Irakiens tués pourrait bien être encore plus grand que les estimations du Lancet et que le nombre n’était assurément pas plus bas, comme persistait à le soutenir la machine de propagande occidentale.

Dans le cas de l’Irak, contrairement aux gouvernements et aux médias occidentaux, ainsi qu’aux organismes des Nations Unies et aux mêmes médias occidentaux pour l’Afghanistan et le Yémen, l’ACLED ne défend pas ses estimations incomplètes antérieures sur le Yémen. À la place, afin d’obtenir des évaluations plus réalistes du nombre de victimes, l’ONG procède actuellement à l’étude approfondi de ses sources. Actuellement, elle estime que 56 000 personnes ont été tuées depuis janvier 2016.

Andrea Carboni, de l’ACLED, a confié à Patrick Cockburn, du journal britannique The Independent, qu’il était convaincu que l’estimation de l’ACLED du nombre de personnes tuées au cours de trois années et demie de guerre au Yémen, sera entre 70 000 et 80 000 dès que seront révisées ses sources remontant à mars 2015, moment où l’Arabie saoudite, les États-Unis et leurs alliés ont lancé la guerre.

Mais le nombre réel de personnes tuées au Yémen est inévitablement plus grand encore que l’estimation révisée de l’ACLED. Comme je l’ai expliqué dans mon article sur Consortium News, aucune démarche de dénombrement des morts en examinant les articles de presse, les archives hospitalières et les autres sources ‘passives’, quelle que soit leur minutie, ne permettra jamais de faire le décompte total des morts au milieu de la violence généralisée et le chaos d’un pays ravagé par la guerre.

C’est pourquoi, afin d’obtenir des estimations plus précises du nombre de personnes réellement tuées dans les zones de guerre du monde, les épidémiologistes ont mis au point des techniques statistiques. Le monde attend toujours l’évaluation sincère du coût humain réel de la guerre américano-saoudienne au Yémen et, à vrai dire, le coût de toutes les guerres des États-Unis qui ont suivi le 11 septembre.

Consortium News, Nicolas JS Davies, 17 novembre 2018

Original : consortiumnews.com/2018/11/12/yemeni-war-deaths-have-been-underestimated-by-5-to-1/

Traduction Petrus Lombard



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