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20 novembre 2018

«Cités millénaires»: visitez le patrimoine du monde arabe à Paris




Palmyre, Alep, Mossoul, Leptis Magna. Quatre villes ou sites archéologiques au patrimoine exceptionnel, menacés ou en partie déjà détruits par les récents conflits. Une exposition à l’Institut du monde arabe à Paris les fait revivre dans une expérience immersive, servie par la reconstitution 3D et la réalité virtuelle. Reportage.

Le patrimoine historique du monde arabe accessible à Paris grâce à la réalité virtuelle. C’est le pari de l’Institut du Monde Arabe (IMA), avec l’exposition «Cités millénaires, voyage virtuel de Palmyre à Mossoul», qui peut se visiter du 10 octobre 2018 au 10 février 2019.
Vous découvrirez dans cette exposition les sites de Palmyre, Alep, Mossoul et Leptis Magna sur de grands panneaux muraux, mis en regard avec des photos d’archives et des témoignages poignants en lien avec ces sites menacés. Preuve que des technologies de pointe, comme les prises de vue par drones et la modélisation 3D, peuvent se mettre au service de la préservation du patrimoine historique. L’exposition vise à questionner la protection des sites archéologiques dans les pays en conflits. Le patrimoine du Monde arabe n’est pas seulement l’expression matérielle des grandes civilisations qui se sont succédées sur son territoire, c’est aussi un pan essentiel et multimillénaire de l’Histoire de l’Humanité.

Pour nous éclairer sur les enjeux culturels, archéologiques, historiques et géopolitiques liés à cette exposition, nous avons rencontré Aurélie Clémente-Ruiz, directrice des expositions à l’IMA et commissaire générale de l’exposition.

Sputnik: Quel est le message principal de cette exposition?

Aurélie Clémente-Ruiz: C’est de faire prendre conscience aux visiteurs de l’importance de la préservation du patrimoine, et notamment du patrimoine récemment détruit suite aux conflits en cours dans certains pays du monde arabe. Nous avons choisi quatre sites: Mossoul en Irak, Palmyre et Alep en Syrie et Leptis Magna en Libye.

Sputnik: Quel est le point commun entre ces quatre sites?

Aurélie Clémente-Ruiz: Ce sont les situations de conflit. Il fallait parler à la fois de conflits récents et à la fois de sites qui ont une histoire longue et complexe. Ces quatre sites sont révélateurs d’autres sites qui existent dans le monde arabe, mais ils ont chacun une histoire particulière. La ville de Mossoul a été occupée pendant trois ans par Daech et l’Irak est en guerre depuis 2003. Le patrimoine de Mossoul en a énormément souffert. Alep, de son côté, subit la guerre civile en Syrie. Nous voulions montrer des destructions emblématiques, notamment lorsque Daech a dynamité les temples de Palmyre. Mais nous voulions aussi montrer des risques plus insidieux, comme c’est le cas avec le site de Leptis Magna en Libye.

AFFICHES CITES MILLENAIRES

Sputnik: Quel est l’état actuel de Leptis Magna?

Aurélie Clémente-Ruiz: Le conflit qui fait rage en Libye depuis 2011 a laissé les sites archéologiques à l’abandon. Ils ne sont plus protégés ni conservés ni restaurés et ils se détériorent progressivement. Heureusement, le site de Leptis Magna n’a pas été directement touché par le conflit. Il n’y a pas eu de destructions volontaires ni de bombardements sur le site. Néanmoins, le site a subi des pillages et il se détériore suite au manque d’entretien. Il faut prendre conscience de ces dangers-là.

Sputnik: Pourquoi avoir fait le choix de présenter une exposition entièrement numérique?

Aurélie Clémente-Ruiz: J’ai fait le choix de ne pas présenter d’œuvres. Il me semblait important d’utiliser des outils technologiques qui nous permettent de montrer les sites tels qu’ils sont. Nous avons travaillé avec la start-up française ICONEM, qui s’est rendue dans ces quatre sites pour faire des relevés de terrain à partir de photos et de vidéos captées par des drones. Puis ils ont retravaillé ces images afin de les projeter dans l’exposition. On découvre les monuments dans leur contexte urbain. Nous avons travaillé avec des scientifiques et des archéologues pour montrer des reconstitutions virtuelles de monuments qui ont disparu aujourd’hui, comme la mosquée Al-Nouri à Mossoul, qui a été dynamitée par Daech. L’exposition se termine avec une salle dédiée à la réalité virtuelle, développée en partenariat avec le producteur français de jeux vidéo Ubisoft. Le visiteur se retrouve par exemple au milieu des souks d’Alep ou des souterrains de Nabi Younès à Mossoul.

Sputnik: Quel est l’état du souk d’Alep aujourd’hui?

Aurélie Clémente-Ruiz: Le souk d’Alep a été bombardé et en partie incendié. Aujourd’hui, il est déblayé et il faut enlever tous les gravats. Il y a un projet de reconstruction, mais il sera très difficile de reconstruire à l’identique, car une partie du souk datait du XIVe siècle et l’on ne va pas pouvoir utiliser les techniques de l’époque pour le reconstruire.

Sputnik: Les reconstitutions 3D peuvent-elles aider à la reconstruction des bâtiments qui ont été détruits?

Aurélie Clémente-Ruiz: Certainement. Ces outils numériques permettent des reconstitutions virtuelles avec un haut degré d’exactitude. Les images obtenues constituent un conservatoire numérique précieux, et permettent de réfléchir à la reconstruction des monuments détruits ou endommagés.
Faut-il reconstruire ou pas? La question se pose. Les sites archéologiques ont eu plusieurs vies. Leptis Magna et Palmyre sont des sites d’époque romaine, qui ont connu tous deux leur apogée autour du IIe et IIIe siècle de notre ère. Depuis, ils ont connu plusieurs vies: ils ont été abandonnés, certains bâtiments ont déjà été détruits, parfois uniquement par l’effet du temps. Aujourd’hui, s’ajoutent les destructions massives et visuellement impressionnantes commises par Daech à Palmyre. Certains monuments ont été dynamités, ce qui empêche toute reconstruction.
Une autre question se pose: sur quelle base reconstruire ces monuments? Faut-il les reconstruire tels qu’ils étaient juste avant ces dernières destructions, ou tels qu’ils étaient à l’origine sous l’Empire romain, sachant que personne ne sait exactement comment ils étaient à cette époque-là? La communauté scientifique est divisée sur cette question. Ce qui est certain, c’est que l’on ne pourra pas reconstruire tous les sites. Le virtuel est un outil indispensable de nos jours, mais relever les pierres qui sont tombées n’est peut-être pas la meilleure solution La destruction de ces monuments fait aussi partie de l’Histoire.

Sputnik: Quel est le rôle joué par l’Unesco dans le processus de reconstruction?

Aurélie Clémente-Ruiz: L’Unesco a mis en place le programme «Faire revivre l’esprit de Mossoul» pour promouvoir la reconstruction de la ville. D’une part, la remise en état du tissu urbain, car la priorité est le retour des populations et des différentes communautés dans la ville, mais aussi la reconstruction de certains monuments emblématiques, dont la mosquée Al-Nouri.

Sputnik: Quelle est la spécificité du site de Palmyre?

Aurélie Clémente-Ruiz: Le site de Palmyre est extrêmement complexe et il a été fouillé tout au long du XXe siècle. Au début du XXe siècle, il y avait un village sur les ruines. Ce village a été déplacé sous le mandat français [sur la Syrie et le Liban, de 1920 à 1946, ndlr], pour faire les fouilles archéologiques. Cet événement fait aussi partie de l’Histoire.

Sputnik: En 2001, les talibans ont pulvérisé les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan. En 2012 au Mali, plusieurs mausolées de Tombouctou, la «ville aux 333 saints» ainsi que des manuscrits ont été détruits par des djihadistes d’AQMI. En 2015 enfin, le musée de Mossoul a été pillé et de nombreuses fresques et statues ont été détruites par l’État Islamique. Le patrimoine historique est-il devenu une cible privilégiée lors des conflits?

Aurélie Clémente-Ruiz: Oui, malheureusement. Le patrimoine a toujours souffert, mais il y a une accélération des atteintes faites au patrimoine ces dix dernières années. Parfois, le patrimoine est un dommage collatéral d’un conflit. C’est par exemple le cas à Alep, car la ligne de front passait au milieu de la vieille ville. Mais il y a aujourd’hui des destructions volontaires et idéologiques, ce qui est plus rare dans l’Histoire. Ces destructions se multiplient, et c’est la raison pour laquelle nous faisons cette exposition. Il s’agit de prendre conscience de l’importance de la sauvegarde de ce patrimoine. Il ne s’agit pas uniquement du patrimoine du monde arabe, mais du patrimoine de l’Humanité.

Sputnik: Quelle est la signification politique de la destruction de ce patrimoine plurimillénaire?

Aurélie Clémente-Ruiz: Quand Daech s’attaque à Palmyre et dynamite devant des caméras l’arche de Palmyre, le temple de Bêl ou le temple de Baalshamin, il y a un enjeu politique avec une volonté d’urbicide, une volonté d’anéantissement du passé. L’urbicide, c’est la destruction volontaire et systématique d’une ville, mais aussi d’un patrimoine et d’une Histoire. C’est l’anéantissement d’une civilisation. C’est ce que Daech recherche en faisant cela, car Palmyre n’a pas d’intérêt stratégique. Ces destructions médiatisées montrent clairement une volonté idéologique et politique. De même lorsque Daech utilise le théâtre romain de Palmyre pour mettre en scène des exécutions.

Sputnik: Lors des conflits, la priorité n’est-elle pas à la protection de la population avant la protection du patrimoine?

Aurélie Clémente-Ruiz: En cas de conflit, la protection de la population est prioritaire. Mais lorsque le conflit prend fin, la population a aussi besoin de retrouver son patrimoine, car ce patrimoine participe à la cohésion sociale d’un territoire ou d’une ville.
À Mossoul, de nombreux chrétiens ont dû fuir et les Yézidis ont été exterminés. De ce fait, la composante pluriethnique et multiconfessionnelle de Mossoul est devenue une question importante, car il s’agit de l’identité même de cette ville. La célébration de la première messe à Mossoul après la reprise de la ville par les forces irakiennes est extrêmement symbolique. C’est pour la communauté chrétienne un moyen de retrouver cette cohésion sociale.
Il n’y a pas seulement un patrimoine matériel, mais aussi un patrimoine immatériel. Il y a les pierres, mais aussi un liant social et culturel qui disparaît à travers ces conflits. Il faut lui aussi le rebâtir, le retisser, et c’est extrêmement long. Il ne s’agit pas uniquement de reconstruire des monuments, mais aussi de retrouver des usages, de retrouver la manière dont les populations vivaient dans ce patrimoine.





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