En prenant des «sanctions» contre l’Arabie saoudite, pour l’instant limitées à une annulation des visas des 21 personnes concernées par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le président américain Donald Trump semble de prime abord dans une situation embarrassante. L’allié saoudien devenu gênant suscite une levée de boucliers dans l’opinion américaine et pas seulement chez les démocrates. Mais pour Trump et son entourage direct, comme son gendre Jared Kushner, cette affaire est du pain bénit dans la mesure où elle met le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans une situation difficile et le rend davantage maléable au point que l’administration Trump peut se targuer d’avoir désormais des leviers bien plus convaincants.

Très proche de Jared Kushner, dont il a traduit en termes concrets certaines demandes aussi bien sur le terrain des affaires que sur celui du dossier palestinien, Mohamed Ben Salmane est dans une position inconfortable et il a cruellement besoin de cet appui. C’est Kushner, semble-t-il, qui a pesé de tout son poids pour asseoir l’ambitieux prince saoudien dans son statut d’héritier du trône, malgré l’ordre de succession en vigueur depuis des décennies, et c’est lui qui lui aurait remis une liste établie par la CIA de tous les adversaires de sa montée en puissance.
Voilà pourquoi le clan Trump, dans son acception la plus large, a choyé et validé l’intronisation de MBS comme nouveau maître du Royaume wahhabite. L’affaire Khashoggi a quelque peu terni leurs rapports et le président Trump se devait de donner des gages à une opinion publique américaine fortement indignée. Le rôle de la presse, dont le New York Times et le Washington Post, aura lourdement pesé en ce sens, le contraignant à prendre des mesures de rétorsion tout en préservant l’essentiel, à savoir les 110 milliards de dollars d’achat d’armement, par exemple. Persuadé au plus haut point que «sans le parapluie américain, l’Arabie saoudite n’existerait pas plus d’une semaine», Donald Trump voudra, sans aucun doute, monnayer la moindre concession vis-à-vis d’un allié encombrant et dont la pérennité dépend de sa seule bonne volonté.

Plus que jamais, Riyadh et Mohamed Ben Salmane voient leur survie dépendre en effet du bon vouloir de Washington, déjà irrité par l’enlisement au Yémen, et du choix qui sera fait de révéler ou non les conclusions des enquêteurs turcs remises à la directrice de la CIA voici trois jours. Sur ce plan, le silence assourdissant d’Israël qui n’a, à aucun moment, commenté ou communiqué sur l’affaire Khashoggi est révélateur de l’embarras dans lequel se trouvent les «amis» de MBS et l’impact forcément négatif de cet assassinat sur son image de marque, qu’il soit impliqué ou non.

Le prince héritier n’a pas d’autre choix que de s’incliner plus bas que terre devant la volonté de ses interlocuteurs israélo-américains mais cela va également induire une démarche beaucoup plus dure, à terme, du fait même de la situation de faiblesse dans laquelle il est plongé et dont les uns et les autres vont vouloir user et abuser continuellement. Ce qui implique un MBS ne survivant à la crise Khashoggi que pour être soumis à un chantage permanent, à l’extérieur, et donc réduit à l’intransigeance jusqu’à l’absolutisme, à l’intérieur. En outre, il lui faudra compter avec la Turquie d’Erdogan qui, en faisant fuiter nombre d’informations sur l’enquête Khashoggi, aura fait monter les enchères jusqu’à obtenir un appel du pied téléphonique de MBS, prêt à «coopérer entièrement»…



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