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24 novembre 2020

entre rires et parodies, un travail de fourmi très réfléchi dans la désinformation — Paulo Correia



Les médias « mainstream », à cette époque-là, ont du se demander « comment ça se fait, qu’on l’avait pas vu venir ? Nous avons failli laisser élire démocratiquement, un vrai gars de gauche !? ». Alors, à la veille de l’élection, « Le Figaro » sort sa belle une de propagande – photo à l’appui, avec des manœuvres militaires américaines en Corée du Sud – où, par association de titres et d’images, le lecteur de droite, démobilisé par l’affaire Fillon, était conduit à imaginer un « danger rouge » et que les USA pourraient envahir l’hexagone en cas de victoire du Mouvement Insoumis.

« En même temps », la baronne du débat politique, Ruth Elkrief, affirmait sur son plateau BFM : « Mélenchon n’a pas de projet politique ». Nous ne sommes pas tous d’accord avec toutes les idées des Insoumis, mais de là à dire une ignominie pareille, il fallait la sortir…la phrase !

Entre rires et parodies, un travail de fourmi très réfléchi dans la désinformation

C’est ici que l’émission télévisée « Quotidien » [1] de la chaîne TMC – groupe Tf1/Bouygues – entre en scène. J’avais remarqué en effet, que jusqu’à l’élection de 2017, ils ne parlaient que très rarement des Insoumis. Mais M. Bouygues a dû remettre les pendules à l’heure avec la rédaction de M. Barthès – le présentateur de l’émission. Depuis, c’est de « l’Insoumis bashing » presque tous les jours, avec de rarissimes exceptions.

Je recense d’innombrables cas de dénigrement pur, dont l’un des plus marquants, c’est celui où le présentateur essaye de faire un jeu de mots, concernant le toujours calme et posé, député Insoumis du Nord, Adrien Quatennens, avec quelque chose du genre, « Attention au requin… » (rouquin ?), alors que l’émission « se la joue » progressiste, contre toute discrimination basée sur des caractéristiques physiques ou de gendre.

Par contre, quand l’ancien premier ministre japonais, en poste à l’époque de la catastrophe nucléaire de Fukushima, arrive en France, à la demande de LFI pour éclaircir et convaincre les français à participer à un referendum citoyen qui se résumait à « pour ou contre la fermeture des centrales nucléaires », le « Quotidien » et tous les autres médias se sont mis en mode silence radio et on se demande bien pourquoi.

Encore un exemple de l’art de bien désinformer

Ce 15 octobre le « Quotidien » sort un sujet sur le député indépendant qui a rejoint le groupe Insoumis à l’Assemblée nationale au début de sa mandature. La rédaction essaye de démontrer cyniquement, que la stratégie de François Ruffin en défense des assistants de vie scolaire – AVS – au parlement, par un coup de colère, était orchestrée en avance. Ils sont allés chercher une vidéo YouTube, où le député explique lui-même sa stratégie pour qu’on parle de ce problème social, où des professionnels sont sous-payés pour effectuer un travail si difficile avec des enfants handicapés.

Et c’est vrai, qu’au lieu de passer inaperçu, le sujet a été soulevé dans l’opinion publique. Le fait le plus marquant dans tout cela, c’est que la macronie en masse, a même empêché le vote du projet, qui avait été proposé à la base par le groupe de droite LR et amendé par les Communistes – GCR et les Insoumis – LFI. Mais à la fin du sujet on retient juste que c’était un coup monté de M. Ruffin. Message entendu. Bravo !

Non, nous ne sommes pas en Amérique Latine, mais…

L’équipe du « Quotidien » a envoyé un journaliste au Brésil, qui nous a informé, dès le lendemain du premier tour de l’élection, qu’un candidat fasciste, pro-armes et soutenu par l’église évangéliste, risquait de se faire élire président du plus grand et le plus peuplé pays d’Amérique du Sud. Reportage informatif acceptable, même si nous entendons jamais un mot sur le second candidat qualifié pour le deuxième tour, Fernando Haddad du Parti des Travailleurs – PT !

Quatre jours après, sans nouvelles brésiliennes depuis, ce même journaliste est de retour sur le plateau télévisé à Paris. Et nous comprenons maintenant le pourquoi de ce délai. Il leur fallait assembler un récit des événements brésiliens en conformité avec la réalité construite par les grands médias français. La première idée qui ressort du témoignage d’une consœur journaliste francophone, interviewée au Brésil par l’envoyé spécial de la chaîne, c’est que les populistes « sont contre les médias classiques comme la chaîne Globo, l’équivalent de France Télé » [2].

Or, nous avons démontré ces derniers temps, que le « réseau média Globo » a été un des principaux vecteurs, responsable de l’état de délabrement de la démocratie brésilienne – de pair avec la Justice – et de la montée des idées violentes, mensongères, fascisantes, anti-PT, qui polluent le Brésil. Nous avons donc assisté à une manipulation d’une réalité complexe, traduite par un reportage simpliste et qui veut faire croire que les « médias classiques » se font attaquer injustement par des forces politiques populistes.

A vrai dire, le journaliste faisait allusion au contexte français et aux attaques des médias traditionnels dont il fait partie. Il n’est pas allé enquêter sur la réalité médiatique brésilienne, ça ne l’intéresse pas de connaître la vérité. Il ne dit pas un mot non plus sur le procès arbitraire de Lula et la condamnation internationale de l’ONU à son emprisonnement.

Lula est un prisonnier politique car la Justice n’est pas impartiale et elle agit suivant des motivations politiques. Cela, n’intéresse pas non plus le journaliste car la Justice, sauf au Venezuela, est toujours indépendante ! Encore un message subliminal pour le téléspectateur français.

L’air d’une persécution politique

Tout ça, pendant la semaine où nous attendons de façon anormalement prolongée, la nomination d’un ministre de l’intérieur français ; ce qui laisse entendre qu’il n’y a personne aux commandes de l’Etat, que c’est le désarroi dans les rangs LREM et que la majorité parlementaire n’a même pas un élément qui puisse remplacer le triste et fatigué M. Collomb, plutôt préoccupé à reprendre la tête de son ancienne baronnie à Lyon. Vous l’avez entendue, cette musique de fond ?

Alors, après une longue attente, nommé par le « désastre Macron », le 16 octobre, arrive M. Castaner – il se montrait très disponible depuis longtemps, à la prendre, cette place rêvée à l’intérieur. Pourquoi cette longue attente ? – et le jour-même, comme par hasard, les Insoumis se font perquisitionner, entre autres à leur siège à Paris et pour certains de ses élus et cadres du mouvement, à leurs propres domiciles.

Il ne vous a pas échappé que les forces policières impliquées dans cette action étaient plutôt adaptées en nombre et équipement, à combattre des dangereuses cellules terroristes et pas pour intervenir dans le cadre d’enquêtes préliminaires sur les comptes de campagne de M. Mélenchon et sur l’emploi du temps des assistants parlementaires des députés européens appartenant au Parti de Gauche. « Vous voyez, que finalement il y a quelqu’un aux commandes et avec une main de fer, contre ces « énervés », dirait un électeur de la droite macronienne, bien informé par les « médias indépendants ».

Le timing et la démesure de ces perquisitions nous font penser à une action préméditée, à caractère politique. « Mais non, la justice en France est vraiment indépendante…quoi, vous-voulez nous comparer avec le Brésil ? C’est de la pure fiction ». A part le fait que la nomination du procureur-adjoint Christophe Perruaux, a été faite par le pouvoir jupitérien, ce qui nous ne garantit pas une indépendance totale de la Justice, le fait que M. Macron ait retoqué la liste de candidats à la prochaine nomination du procureur de la République de Paris, proposé par sa propre ministre Mme. Belloubet [3], c’est une preuve de plus pour la soi-disant immaculée « indépendance de la Justice » à venir.

Pour quand le vrai débat sur le financement des mouvements politiques ?

Une bonne partie des candidats à la présidentielle française de 2017 est donc pointée du doigt pour leurs comptes de campagne, alors pourquoi ne pas sortir du schéma de guérilla médiatique du « tous pourris » – grand responsable de l’abstention et du basculement vers l’extrême-droite – et lancer un vrai débat sur le financement des campagnes politiques ?

Au fait, ils en sont où des comptes de campagne de M. Macron ? La commission de contrôle a validé ses comptes et tout va bien. Il faut donc croire que c’est normal de se faire élire, venu de « nulle part », avec l’argent des banquiers et des grands industriels – les mêmes qu’il défend tout le temps au détriment du peuple. Si c’est vrai, il faut en effet changer de République.

Paulo Correia

Notes :

[1] – L’émission de la chaîne francophone TMC – Groupe Tf1/Bouygues – avec 3 à 6% de part d’audience, en antenne du lundi au vendredi, sauf pendant certaines périodes de vacances scolaires de la zone C hexagonale.

[2] – Emission du 12/10/2018 (- 00:42:02) https://playlist-tv.tf1.fr/#/video?id=episode-3588c5c0-ce58-11e8-b5d4-…

[3] – Article paru le 27/09/2018 dans « Libération » : https://www.liberation.fr/france/2018/09/27/a-paris-macron-veut-poser-…





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