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20 septembre 2020

« On nous demandait de mentir au client »



Comme on peut le lire dans ce document, Enedis semble étranger à cette technique de management. Sur ce sujet, le fournisseur d’énergie nous assure : « Enedis n’impose pas de cadence, c’est la liberté d’organisation des entreprises et leur stratégie managériale. » Idem pour les primes aux compteurs : « Ça relève du partenaire. » Pas de carotte pour avancer du côté d’Enedis donc, mais, parfois, le bâton.

Le géant de l’énergie parle lui de « contrôle de qualité ». Au moyen des enquêtes de satisfaction des clients, et des suivis de réclamation (les clients peuvent le faire via le site internet d’Enedis ou par les réseaux sociaux), Enedis et ses partenaires suivent à la trace les techniciens. Un compteur mal posé vaut une réclamation. Un technicien en retard à un rendez-vous avec un client ? une réclamation également. Au bout d’un certain nombre de réclamations, « l’indicateur de qualité » du prestataire passe dans le rouge. Et la sanction tombe : « Une pénalité financière. » Alors, comme Energy Dynamics et les autres partenaires veulent être bien notés, bien vus et surtout non pénalisés, ils vont sanctionner à leur tour… le technicien. Ainsi, à cause d’un trop grand nombre de réclamations et/ou de remarques de la part de son chef d’équipe, le technicien peut d’abord recevoir un avertissement, puis être mis à pied pendant une semaine avec suspension de salaire, voire ensuite être licencié pour faute.

« Parfois les fils sortent de partout, ils sont abîmés, mais on doit toujours poser le Linky »

Pourtant « M. » et Thierry l’assurent d’une même voix : en France, le réseau électrique est usé à 80 %, les erreurs de pose sont donc inévitables. « On ne peut pas faire à tous les coups du neuf avec du vieux. » Thierry raconte avoir enlevé des compteurs datant de 1957 dans la région d’Aix-en-Provence. « Parfois les fils sortent de partout, ils sont abîmés, mais on doit toujours poser le Linky. » Il envoie un jour une photo d’une installation douteuse. « Je voulais leur montrer que c’était dangereux, mais j’avais toujours la même réponse : tu poses. » [1].(Fawkes: On comprend mieux tant d’incendies sont liés à ce compteur).
C’est à partir de ce moment-là que le père de famille a commencé à dire non. Il refusait lorsque l’installation lui paraissait dangereuse. Il refusait aussi de s’opposer frontalement aux clients. Car là est la troisième et dernière pression de la machine Linky. Le compteur suscite en effet de nombreuses angoisses de la part des Français. Intrusif dans nos vies privées, pas forcément plus économiques… [2]. De plus en plus de consommateurs refusent l’installation du Linky chez eux. Des choix qui devraient être respectés, selon Thierry.
   

Opposition aux compteurs Linky à Najac (Aveyron), en mai 2018. 

Or, souvent agressé, insulté, parfois menacé, l’électricien supportait difficilement son quotidien. « On nous demandait de mentir aux clients pour poser le compteur coûte que coûte s’insurge-t-il. L’un des arguments que l’on devait donner était que le compteur était bon pour l’écologie ! » Le père de famille rit aux éclats tellement l’affirmation lui semble absurde. Alors, le bon petit soldat s’est transformé en rebelle. L’énorme croix occitane tatouée sur son bras et arborée fièrement sur son tee-shirt rouge en est un signe. Quand Thierry croit en quelque chose, il va jusqu’au bout. « Moi, je sonnais chez les gens, et je disais : vous voulez encore du Linky ? Ils étaient surpris », se souvient-il en souriant. C’est lui qui a appris à des gens qu’ils ont le droit de dire non. « Vous n’êtes pas obligés d’accepter, vous êtes chez vous. » Et lorsqu’il faisait face à un compteur scellé, « je ne le cassais pas, je le prenais en photo et je rentrais au bureau ».

Poussé à bout, malheureux dans son travail, Thierry a finalement demandé une rupture conventionnelle. « Je n’en pouvais plus », lâche-t-il. Energy Dynamics l’a laissé partir en octobre 2017, en ayant payé ce qu’elle lui devait. « Un soulagement » pour l’électricien, aujourd’hui au chômage. « Linky m’a bousillé, je n’arrive plus à faire confiance à personne, je ne peux travailler qu’en intérim. Les grosses boîtes, c’est fini. » Quant au déploiement des compteurs Linky, Thierry suit le sujet de près. Il a d’ailleurs refusé son installation chez lui. « Mais ils l’ont posé pendant mon absence, en profitant de ma mère, qui était malade. »

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