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25 septembre 2020

Ryad prive 600 000 Palestiniens du Hadj et de l’Oumra en interdisant leurs passeports jordaniens



Kamal Abu Dhiab, directeur de la Société jordanienne du tourisme et des agences de voyages, a déclaré à MEE que son organisation avait été informée « par téléphone » de la mesure par le consulat saoudien à Amman.

« Je peux confirmer qu’ils nous ont informés de ne pas envoyer de passeports jordaniens temporaires pour l’obtention d’un visa. Le consulat saoudien nous a informés récemment et leur message n’était pas écrit mais verbal », a déclaré Abu Dhiab.

Abu Khaled al-Jimzawi, propriétaire de l’Office du tourisme al-Odeh à Jérusalem-Est, a déclaré qu’il avait été informé de la décision par le ministère palestinien des Awqaf et des Affaires religieuses à Ramallah, la capitale administrative de la Cisjordanie gérée par l’Autorité palestinienne (AP).

« Nous avons été informés de cette décision début septembre. Ils [les autorités saoudiennes] ont informé les sociétés de tourisme palestiniennes et jordaniennes et le ministère palestinien des Awqaf qu’ils refuseraient de délivrer des visas pour tout passeport temporaire sans numéro national », a indiqué Jimzawi.
Perte de statut

Les Palestiniens de Jérusalem-Est sont encouragés à la place de demander des passeports délivrés par l’Autorité palestinienne, a déclaré à MEE le propriétaire d’une agence de voyage spécialisée dans l’Oumra et le Hadj, sous couvert d’anonymat par crainte de perdre son contrat avec le ministère saoudien du Hadj et de l’Oumra.

Selon cette agence de voyages, le passeport de l’AP coûtera aux Palestiniens 240 shekels (un peu moins de 60 euros), sera valable un an seulement et son traitement prendra une journée.

« Les Palestiniens de Jérusalem ont peur des répercussions de cette décision. S’ils demandent un document délivré par l’AP, ils craignent que leur statut juridique et leur résidence à Jérusalem ne soient menacés », a-t-il déclaré.

Israël a occupé Jérusalem-Est lors de la guerre des Six Jours en 1967 et a depuis tenté de l’annexer, une initiative jamais reconnue par la communauté internationale. Les Palestiniens qui sont restés dans la ville et leurs descendants sont reconnus comme résidents de Jérusalem-Est selon la loi israélienne, mais ce statut est souvent révoqué par Israël pour une multitude de raisons – comme la double nationalité.

Il est difficile de savoir si les passeports délivrés pour les Palestiniens de Jérusalem-Est par l’Autorité palestinienne auront un numéro national. Si tel est le cas, cela pourrait potentiellement permettre au ministère israélien de l’Intérieur de révoquer leurs droits de résidence à Jérusalem et de les expulser en tant que ressortissants étrangers en vertu de la loi de 1952 sur l’entrée en Israël.

Cependant, un fonctionnaire travaillant pour le cabinet palestinien, sous couvert d’anonymat, a démenti que l’Autorité palestinienne délivrerait des passeports aux résidents de Jérusalem-Est qui détiennent des cartes d’identité israéliennes, affirmant que sa politique ne consistait pas à délivrer des documents aux Palestiniens de Jérusalem-Est même lorsque leurs cartes d’identité ont été révoquées par Israël.

Les sociétés de tourisme en Jordanie et en Palestine doivent respecter des contrats légaux avec le ministère saoudien du Hadj et de l’Oumra. Les sociétés enregistrées ont besoin d’un nom d’utilisateur et d’un passeport du ministère leur permettant de demander des visas et de télécharger des documents en ligne.

Les ambassades saoudiennes à Londres et à Amman et le ministère saoudien du Hadj et de l’Oumra n’ont pas répondu aux sollicitations de MEE.
Changer les règles du jeu

Jumana Ghunaimat, ministre d’État jordanienne chargée des médias, a déclaré à MEE qu’elle n’avait pas connaissance de nouvelles directives visant à cesser de délivrer des visas aux Palestiniens détenteurs de passeports jordaniens temporaires et a déclaré qu’« aucune annonce officielle n’avait été faite ».

Kamal Abu Dhiab, directeur de la Société jordanienne du tourisme et des agences de voyages, a déclaré que les raisons de ce changement des règles n’étaient pas claires, ajoutant que le consulat saoudien apportait régulièrement des modifications aux exigences et à la réglementation en matière de visa.

Il a cité l’introduction soudaine en 2016 d’une nouvelle politique imposant à toute personne visitant la Mecque deux fois en deux ans de payer 2 000 riyals saoudiens (455 euros) et une directive de 2011 imposant aux Jordaniens de détenir des passeports biométriques.

Environ 6 600 Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de la bande de Gaza se sont rendus en Arabie saoudite pour le Hadj en 2017, tandis qu’en moyenne, 50 000 à 70 000 personnes de ces mêmes régions entreprennent chaque année le pèlerinage de l’Oumra.

Avant 1996, tous les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est obtenaient un visa pour le Hadj et l’Oumra sur leur passeport temporaire jordanien, sauf pour les Palestiniens de la bande de Gaza, qui pouvaient demander des documents de voyage égyptiens.



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