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21 septembre 2020

Israël se cache-t-il derrière les attaques contre Jeremy Corbyn ?



Yossi Melman, un analyste israélien qui suit depuis plusieurs décennies les services de renseignement israéliens, a rapporté à l’époque que le ministère recevait l’aide d’une « unité spéciale » des services de renseignement militaire pour mener des « opérations noires » pouvant comprendre des « campagnes de diffamation » et du « harcèlement ».

Les méthodes sournoises du ministère ont été évoquées il y a deux ans lors d’une conférence contre le mouvement BDS qui s’est tenue en Israël. Un collègue d’Erdan, le ministre du renseignement Yisrael Katz, avait réclamé à cette occasion des « éliminations civiles ciblées » contre des partisans de premier plan du mouvement BDS.

Cet objectif pouvait être réalisé en s’appuyant sur les informations fournies par les services de renseignement israéliens qu’il supervisait, avait-il suggéré.

Katz a employé un langage destiné à jouer sur l’expression « assassinats ciblés » – utilisée par Israël pour décrire ses exécutions extrajudiciaires de dirigeants palestiniens. Katz semblait appeler à des « opérations noires » destinées à tuer la réputation des principaux détracteurs d’Israël.
Un plan pour marginaliser les détracteurs

Si Israël juge nécessaire d’aller aussi loin contre les activistes du mouvement BDS, il semble raisonnable de se demander ce qu’il est prêt à faire pour ébranler Jeremy Corbyn, qui dirige le plus grand parti politique d’Europe et qui avait la victoire aux élections législatives britanniques de l’an dernier à portée de vue.

Si Corbyn finissait par devenir Premier ministre, il serait le premier dirigeant européen à donner la priorité à la cause de la justice pour les Palestiniens plutôt qu’à celle de l’occupation continue d’Israël.

Des indices sont fournis dans un rapport publié l’an dernier par deux lobbies pro-israéliens, l’Anti-Defamation League et l’Institut Reut, réalisé en collaboration avec des « experts » du gouvernement israélien et approuvé par le ministère des Affaires stratégiques. Le rapport a été divulgué sur le site web The Electronic Intifada.

La solidarité avec les Palestiniens avait « migré dans les principaux partis de gauche en Europe », avertissait le rapport, selon lequel les dégâts pouvaient être limités en « creusant un fossé » entre les « fervents détracteurs » et les « détracteurs modérés » d’Israël.

Le rapport proposait de « professionnaliser » le réseau existant de lobbies pro-israéliens et d’améliorer la « collecte d’informations » pour cibler les activistes de la solidarité avec la Palestine, évoquant un « réseau de délégitimation ». Ce genre de travail devait être effectué « en secret » et « sans compromis », ont stipulé les auteurs.

Le rapport concluait que les fervents détracteurs pourraient alors être « marginalisés à un tel point que [leurs critiques] seraient considérées comme socialement inappropriées ».

Le rapport félicite en outre le ministère israélien des Affaires stratégiques d’avoir « apporté un degré élevé de perfectionnement et de créativité au réseau pro-israélien ».

Citée dans le document, Vaknin-Gil, la directrice générale du ministère, a soutenu ses conclusions : « Je suis heureuse de voir que nous partageons un point de vue très similaire concernant le défi qui se dresse devant nous et la stratégie souhaitée. »
« Semer les divisions »

Qu’il y ait une connexion ou non, une grande partie du rapport se lit comme un guide stratégique pour les lobbyistes israéliens qui agissent dans le but de promouvoir l’idée d’une « crise d’antisémitisme » au sein du Parti travailliste. La question a en effet creusé un fossé entre les « fervents détracteurs » d’Israël – Corbyn et ses partisans – et une grande partie du reste de la bureaucratie du parti.

Asa Winstanley, journaliste d’investigation qui a largement couvert les allégations relatives à une crise d’antisémitisme au sein du Parti travailliste pour The Electronic Intifada, soutient que Corbyn est considéré dans les faits par Israël comme la « figure de proue du réseau de délégitimation ».

« Ils espèrent qu’en agissant contre lui, ils pourront décapiter celui qu’ils considèrent comme la figure la plus puissante de ce réseau, a-t-il expliqué à Middle East Eye. En faisant de lui un exemple, ils peuvent semer les divisions, répandre la peur et réprimer la liberté d’expression au sujet d’Israël. »

L’empreinte d’Israël est assurément présente dans les affirmations actuelles faisant état d’une crise d’antisémitisme censée tourner autour de Corbyn.

L’intervention active du gouvernement israélien dans la politique britannique a été soulignée l’an dernier dans un documentaire en quatre parties réalisé en infiltration et produit par la chaîne qatarie Al Jazeera. Le documentaire a filmé en secret les activités de Shai Masot, un agent de l’ambassade d’Israël à Londres.

L’enquête d’Al Jazeera a suscité de nombreuses plaintes selon lesquelles elle aurait enfreint les règles de radiodiffusion, l’accusant d’antisémitisme, de parti-pris, de montage inéquitable et d’atteintes à la vie privée. Cependant, l’Ofcom, l’autorité régulatrice de la radiodiffusion au Royaume-Uni, a disculpé le programme de toutes les accusations.

Le peu de couverture accordé au documentaire dans les médias britanniques portait sur les rencontres entre Masot et des activistes pro-israéliens du Parti conservateur. On y voit Masot en train de comploter en vue de « faire tomber » un sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, Alan Duncan, qui était considéré par Israël comme trop favorable aux Palestiniens.

Mais le documentaire en lui-même se concentrait sur les rencontres beaucoup plus importantes entre Masot et des activistes pro-israéliens du Parti travailliste. L’un des principaux efforts de l’agent consistait à créer une organisation de façade, une branche de jeunesse des Labour Friends of Israel, qui aurait été opposée à Corbyn.
Des accusations de parti-pris

Masot a également été filmé en train de collaborer avec deux lobbys pro-israéliens clés au sein du parti Travailliste, le Jewish Labour Movement (JLM) et les Labour Friends of Israel, organisation dont plusieurs dizaines de députés travaillistes sont membres.

Asa Winstanley, de The Electronic Intifada, a noté que le JLM était devenu au cours des dernières années une organisation largement endormie jusqu’à sa résurgence en février 2016, juste au moment où les allégations faisant état d’une crise d’antisémitisme au sein du Parti travailliste ont commencé à apparaître.

Ceux qui ont essayé d’enquêter sur la manière dont le JLM a pu étendre ses opérations aussi rapidement affirment que ses sources de financement sont « complètement opaques ».

Peu de temps après que le JLM est devenu plus actif, une nouvelle directrice, Ella Rose, a été nommée. C’est Winstanley qui a révélé que Rose avait été recrutée directement depuis l’ambassade d’Israël à Londres, où elle travaillait comme responsable des affaires publiques.

Bien que le JLM ait fait valoir qu’il représentait la diversité de l’opinion juive au sein du Parti travailliste, ce point de vue est contesté depuis l’enquête d’Al Jazeera. Une nouvelle faction, Jewish Voice for Labour, a depuis été créée dans le but déclaré de montrer qu’un grand nombre des membres juifs du parti soutiennent Corbyn.

« Le JLM ressemble étrangement à un intermédiaire de l’État israélien », a indiqué Winstanley.

« Ce n’est pas un mouvement populaire organique, comme il se plaît à le prétendre. Et ce n’est pas un hasard s’il a été l’élément moteur des accusations d’antisémitisme sous Corbyn. »

Ella Rose et le JLM ont tous deux été contactés par MEE pour commenter ces allégations. Aucune réponse n’a été reçue de leur part au moment de la publication.
Une guerre de territoire à Londres

Pour qui travaillait Masot ? Comme on pouvait s’y attendre, les responsables israéliens et les médias israéliens ont minimisé son importance, le dépeignant comme un acteur mineur de l’ambassade qui poursuivait une politique personnelle véreuse.

Ce point de vue a semblé être accepté par le gouvernement et les médias britanniques, qui ont laissé la controverse s’éteindre rapidement après le renvoi de Masot en Israël.

Mais il existe des preuves considérables que le travail de collaboration de Masot avec des organisations britanniques pro-israéliennes contre Corbyn était mené sous la direction du ministère israélien des Affaires stratégiques.

En septembre 2016, alors qu’Al Jazeera filmait son documentaire en infiltration, Haaretz a fait état d’une guerre de territoire de plus en plus intense entre le ministère israélien des Affaires étrangères et celui des Affaires stratégiques, les deux organes visés par la demande d’accès à l’information.

Dans un câble envoyé au ministère israélien des Affaires étrangères et divulgué par Haaretz, ses hauts responsables à l’ambassade à Londres déploraient le fait que le ministère des Affaires stratégiques d’Erdan « exploitait » les organisations juives britanniques dans le dos de l’ambassade.



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