Aller à…
RSS Feed

30 novembre 2020

“L’oeil Émerveillé” , ou la nature comme spectacle — La Science de l’Esprit — Sott.net



Il arrive qu’un homme, après avoir découvert puis aimé la montagne et le monde, après les avoir mis en dessins, en images, en mots, en paroles, ou en films, et s’être toujours plus senti ébloui, cet homme s’interroge sur ses émerveillements et en cherche la cause commune.

livre

Il regarde en arrière, retrouve dans sa mémoire chacun des instants où l’étonnement le conduisait vers “l’émergence à la veille“, et constate que chaque fois il y avait à la source l’évidence première d’un spectacle, la présence illimitée d’une nature réservoir “inépuisable de satisfactions esthétiques” permettant “d’accéder à un niveau supérieur de conscience”, le surgissement d’une perfection lui permet d’écrire plus tard : ” J’ai su que durant quelques secondes… j’ai presque atteint les sources de la pure beauté, inséparable d’un sentiment plus large de fraternité cosmique”

C’est ce chemin vers le vrai voir que trace l’auteur en décrivant les quelques expériences que lui ont permis sa curiosité et sa vertu d’émerveillement. Et d’abord il parle de cet admirable outil, “le premier objet dont l’œil puisse s’émerveiller“, l’œil lui même. C’est sans doute quand on a vraiment pris conscience des formes et des couleurs de l’œil, que l’on peut reporter sur le monde nos facultés d’attention.

Alors, de spectacle en spectacle, parcourant la Nature dans ce qu’elle a de plus grand et de plus fort comme dans ce qu’elle a de plus fragile, on parvient à la joie profonde, celle de la vision parfaite où “les formes ne paraissent plus refléter qu’une qualité : la Beauté fondamentale”.

Ce que Samivel appelle l’Esthétique sauvage n’est sans doute qu’une voie parmi les voies possibles. La Beauté fondamentale évoquera pour certains l’Intensité totale d’existence de A. Huxley franchissant les portes de la perception, la Contemplation infuse de Saint Thomas d’Aquin, le Fait d’être de Maître Eckhart, ou la Vision intuitive de l’Éveil du moine zen parvenant au satori. Mais la “méthode de joie” décrite par Samivel est peut-être pour nous montagnards la plus proche et donc la moins difficile des voies, parce que la plus familière.

La montagne s’impose tant à l’alpiniste par sa présence totale et ses beautés, qu’elle l’entraîne justement vers cette discipline de la vision au bout de laquelle apparaît l’évidente unité de l’univers tout entier, y compris nous mêmes. Encore faut-il, à un moment, savoir prendre du recul, sortir de la montagne et découvrir qu’elle est une des “portes de la perception” du monde.

L’oeil émerveillé est sans doute le maître livre de Samivel. Un très beau livre, difficile, mais qu’il faut lire, et qui se déroule comme un koan zen

Un disciple demanda au Maître : “Quelle est la nature exacte du Bouddha ?”

Et le Maître parla longuement de la beauté de l’oeil. Alors un autre disciple demanda : “Si l’oeil est ainsi fait qu’il puisse voir le Bouddha, où doit il regarder pour le voir ?”

“Sur cet arbre, répondit le Maître, crois-tu qu’il y ait une seule nervure de feuille qui ne te regarde pas ?”





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut