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26 septembre 2020

Lire pour enrichir notre rapport au monde (naturel) — La Science de l’Esprit — Sott.net



Nous autres professionnels de la nature sommes amenés à lire à longueur de journées des pages et des pages de littérature technique, littérature grise des rapports et, de plus en plus, littérature incolore du net. Noyés sous la paperasse, essayons pourtant de ne pas oublier que lire est aussi un formidable plaisir !

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En matière de nature, nous avons la chance d’avoir accès à une littérature foisonnante et protéiforme, américaine bien sûr (le fameux « Nature writing »), mais pas seulement, aujourd’hui largement accessible en français grâce au travail des éditeurs, spécialisés ou non (Gallmeister, Wildproject…) et des traducteurs.

Lire nous permet de nous détendre, de rêver, de nous évader, d’explorer les contrées où nous n’irons jamais… mais aussi de découvrir le monde naturel autrement, à travers les sensibilités de chacun des auteurs qui nous entraînent avec eux.

S’ÉMERVEILLER

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D’abord, souvent depuis l’enfance, il y a l’émerveillement devant la beauté, la diversité de notre planète. Celui qui transmet le mieux cette flamme est peut-être John Muir, boulimique de nature, parcourant en tous sens les Montagnes rocheuses, l’Amérique du Nord et au-delà ; il en tire des textes extraordinaires d’enthousiasme et de curiosité, qui aident à éclairer le parcours de naturaliste et de protecteur de leur auteur.

SE FROTTER AUX GRANDS ESPACES

« Tu ne peux pas prétendre être dans la nature sauvage si y a pas un truc mauvais dans le coin qui peut te foncer dessus et te dévorer », dit Doug Peacok, dans Un fou ordinaire, d’Edward Abbey.

Il y a, pour certains d’entre-nous, un bonheur profond à se frotter aux forces brutes de la nature. Abbey nous entraîne avec lui dans les déserts de l’Ouest, avec des chroniques magnifiques (Désert solitaire) et des romans aussi militants que drôles (Le gang de la clef à molette).

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Ce personnage de légende repose aujourd’hui quelque part dans un de ses déserts adorés, en un lieu connu de ses seuls amis… dont Doug Peacock, un autre écrivain, qui soigna son mal-être de vétéran du Vietnam par le contact (très) rapproché avec les grizzlis.

JOUIR DES PETITS BONHEURS DU MONDE NATUREL

Plongeons avec passion dans le wilderness, mais ne soyons pas dupes : « les grands espaces donnent à ceux qui les contemplent l’illusoire sentiment de la possession du monde », écrit Samivel.

Apprenons aussi à percevoir et à jouir de toutes les merveilles qui nous sont offertes sur le pas de notre porte. Ernst Jünger, grand écrivain allemand, raconte dans Chasses subtiles sa passion pour l’entomologie, et tout ce que lui inspire ses chères cicindèles. Samivel, peintre et écrivain de la montagne, visite dans L’oeil émerveillé tous les plaisirs que nous procure la nature, des fonds marins à un simple bout de pré.

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EXPLORER LE FOND DE NOS ÉMOTIONS

Les poètes nous font percevoir tout ce que fait résonner au fond de nous-mêmes le contact avec la nature. « Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes, Mon esprit les retrouve en lui (…) ». Baudelaire explore les tourments de son âme ; Saint-John Perse est emporté par la puissance des grandes forces du monde (« Oiseau, de tous nos consanguins le plus ardent à vivre ») ; Francis Ponge attire notre regard sur la magie de toutes choses…

« Vivants tout simplement – moi et le coquelicot ! »

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En quelques syllabes, les grands auteurs de haïkus (Issa, Bashô…) nous font partager tout ce qu’a d’unique et d’universel chaque instant de notre contact avec le monde, nous incitant à affûter nos sens.

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REVENIR SUR TERRE

La nature, c’est d’abord un lieu de vie et des ressources, qu’il faut apprivoiser pour trouver abri et nourriture. Bien des romanciers décrivent la confrontation séculaire des hommes et de leur environnement, faite de dureté, de fantasmagorie et de moments d’harmonie plus ou moins fugitifs (Ramuz, Genevoix, Bosco…).

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D’autres auteurs revisitent la nature nourricière de façon passionnante. Dan O’Brien nous fait partager son expérience de biologiste de la conservation relançant l’élevage des bisons pour restaurer la grande prairie américaine (Les bisons du coeur brisé, Wild Idea). Barbara Kingsolver met en scène dans Un été prodigue la confrontation des points de vue sur le retour des coyotes ou l’utilisation des pesticides ; dans un autre livre, elle raconte l’année pendant laquelle sa famille tente de s’approcher de l’autonomie alimentaire grâce à Un jardin dans les Appalaches.

COMPRENDRE

Parmi tous les ouvrages que nous lisons pour mieux comprendre les écosystèmes, quelques-uns sont de véritables oeuvres d’art. Cette mer qui nous entoure de Rachel Carson est sans doute en partie obsolète sur le plan scientifique, mais nous permet de saisir d’une façon unique l’essence de ce grand organisme vivant que l’on nomme océan.

De son côté, Barry Lopez nous a offert avec Rêves arctiques le grand livre du Nord.

Aldo Leopold, biologiste et forestier, a livré avec son Almanach d’un Comté des Sables, ce qui est peut-être le plus beau et le plus pertinent des livres sur la nature et sa préservation, remarquable par la combinaison de rigueur scientifique, de subjectivité assumée et d’une poésie magnifique.

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OUBLIER DE SE PRENDRE AU SÉRIEUX

Fort heureusement, tous les livres de nature ne nous incitent pas à nous prendre trop au sérieux. Bien des auteurs ont mis en scène de façon hilarante la maladresse de notre contact avec le monde sauvage : Jorn Riel, Kenneth Cook, Redmond O’Hanlon… Gerald Durell, quant à lui, a passé sa vie à courir la planète pour préserver les animaux en voie de disparition, et il le raconte dans des livres délicieux.

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EXPLORER D’AUTRES VOIES

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Quelques auteurs nous font partager une vision large et passionnante, au-delà des genres ou des spécialités. Henri David Thoreau a à la fois été un observateur, un contemplatif, un constructeur-cultivateur et un militant. Il en a tiré des milliers de pages, dont le fameux Walden ou la vie dans les bois. Il ressort de son oeuvre une réflexion forte sur notre relation à la nature, posant, notamment, bien avant que ce soit la mode, la question de la simplicité volontaire.

Kenneth White, à travers une oeuvre multiple – essais, récits et poésie – invente la « géopoétique », une approche globale, théorique et pratique, de notre rapport au monde (voir « Lecteurs Penseurs » d’Espaces naturels n°52).

En nous glissant dans les pas de ces auteurs, on appréhende la diversité des façons de sentir le monde. Cette conscience ne sera pas inutile lors du prochain comité de pilotage auquel nous participerons ! Et puis, peu à peu, on découvre que chacun d’entre nous porte en lui de multiples perceptions, plus ou moins développées, parfois dissimulées au fond de nous-mêmes, et parfois un rien contradictoires. Qui n’est pas, à un degré ou à un autre, à la fois savant, chasseur, protecteur, paysan et poète ?

Cette expérience nous permet d’enrichir notre rapport à notre environnement pour « être au monde » d’une façon aussi pleine que possible.

Enfin, les mots des écrivains et des poètes permettent de toucher, grâce à leur acuité, à leur sensibilité et à leur diversité, un public large, dépassant le cercle des habitués des sites protégés, contribuant au nécessaire rapprochement entre nature et culture. Après une promenade littéraire et musicale en marge d’une réserve naturelle, un ornithologue chevronné me demande les références du livre où figure cette merveilleuse histoire du barbeau, tandis qu’une dame, venue ici pour le côté culturel de la sortie, glisse à son conjoint « c’est quand même jolie, cette île de la Platière, il faudra qu’on revienne »…





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