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juin 20, 2018

Vive les droits de l’Homme… d’affaires !…


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Voilààà!! Ils ont gagné, la loi sur le secret des affaires a été pondue et acceptée. Dorénavant, il sera interdit de dénoncer les empoisonnements, les scandales financiers, les atteintes à l’environnement, les médicaments qui tuent ou handicapent, les conditions abjectes dans les abattoirs, La corruption, les conflits d’intérêt et les trahisons en tous genres. Malgré la levée de bouclier, l’exécutif a penché du côté des lobbies. Mais, pouvait-il en être autrement avec un banquier et ses sbires à la tête de l’état ? Écoutez l’intervention de François Ruffin à ce sujet. Merci à Sylvain du journal Fakir.

Pixabay

Transcription de son intervention:

« Je n’accepte pas de vendre des produits qui donnent le cancer. » Mardi, je me trouvais à la Bourse du travail. Alexandre Berthelot est venu me voir. C’est l’ancien directeur commercial Europe du géant américain Haemonetics qui est un spécialiste du matériel médical.

1600 pages de documents

Entre autres, un des appareils qu’il vendait : une centrifugeuse pour faire don de son sang. Lui a découvert que dans cette centrifugeuse il y avait des joints en résine qui en s’usant, libéraient des substances cancérigènes. Ces substances cancérigènes se retrouvaient dans le sang. Il a sonné l’alerte à l’intérieur de son entreprise. La conséquence a été d’être licencié pour déloyauté. Avec le délégué CGT de l’établissement français du sang, Guilhain Gambatou. J’aime bien citer Alexandre, Ghilain, parce que ce sont des Hommes, discrètement, qui font avancer la démocratie et la maintiennent.

Ils ont porté plainte. Ils ont remis au procureur 1600 pages de documents. 1600 pages de documents internes. 1600 pages de pièces confidentielles. La question qui est posée aujourd’hui : avec le secret des affaires, cela serait-il encore possible ? Madame la Ministre, Monsieur le Rapporteur, vous répondez « Non, il n’y a pas de soucis. » Il n’y a pas de soucis pour la presse. Il n’y a pas de soucis pour les salariés, circulez il n’y a rien à voir. Cela va même être mieux pour eux.

Désir de justice et de vérité

Maintenant vous avez des ONG, Anticor, Les Amis de la Terre, tous les syndicats, la CFDT, la CGT, des associations de journalistes, le Prix Albert Londres, des sociétés de journalistes de Mediapart mais aussi de La Vie, de Radio France, de l’Agence France Presse qui dans une tribune disent : « Non, ça ne sera pas plus possible. La loi donnera aux entreprises le pouvoir de poursuivre tous ceux qui oseront des informations sensibles dans l’intérêt général. »

Vous dites non. Ils disent oui. Je serai plus optimiste. Je crois qu’il y a quelque chose qui résiste en l’Homme. Il y a quelque chose qui résiste au coeur de l’Homme, c’est le désir de justice et de vérité. Malgré les obstacles. Malgré les menaces. Malgré les censures. Malgré les nouvelles contraintes que vous imposez, il y aura toujours des Alexandre Berthelot qui se dresseront. Il y aura toujours d’autres Hommes pour les soutenir et pour les relayer.

Qui veut-on aider ?

Mais je crois que ce n’est pas la question qui est posée aujourd’hui. La question c’est : qui veut-on aider ? Qui doit-on aider ? Qui le Président Macron ? Qui la Commission européenne ? Qui aujourd’hui, vous, concrètement, allez-vous aider ? Vous offrez un outil de plus. Une arme juridique de plus aux multinationales. Vous avez choisi. Vous avez choisi Goliath contre David.

Vous avez choisi Servier contre Irène Frachon.

Vous avez choisi Sanofi contre Marine Martin.

Vous avez choisi Clearstream contre Denis Robert.

Vous avez choisi Price Water House & Coopers contre Edouard Perrin.

Vous avez choisi Bolloré contre Jean-Baptiste Rivoire.

Vous avez choisi UBS contre Stéphanie Gibaud.

Vous avez choisi Monsanto contre Marie-Monique Robin.

Vous avez choisi la Pacific Gas & Electric Company contre Erin Brokovitch.

Vous avez choisi l’argent contre les gens.

Avec le Secret des affaires ou avec le glyphosate on entend beaucoup parler de lobbies. Ce sont les mêmes qui pondent cette directive. C’est Bayer. C’est Monsanto. C’est Dupont de Nemours. Qui dealent avec la Commission européenne pour avoir cette directive.

Lobbies ?

Mais parler de lobbies, c’est encore être optimiste sur l’état de la démocratie. Ca signifierait qu’aujourd’hui il y a encore besoin d’une pression extérieure pour obtenir ce type de texte. Malheureusement il y a une telle endogamie. Il y a une telle fusion entre l’économie et le politique qu’il n’y a plus besoin de pression extérieure. Quand on a un Président qui est banquier d’affaires. Quand on a un groupe de députés qui est avocat d’affaires. Quand on a un Premier ministre qui est lui-même lobbyiste. Cette endogamie sociale aboutit comme naturellement à ce qu’on obtienne une loi sur sur le secret des affaires. Je ne dirais pas que vous déchirez la Déclaration des Droits de l’Homme. Mais je pense que vous placez au-dessus la Déclaration des Droits de l’Homme d’affaires.

On disait : « Ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis. » Votre slogan, à vous, à votre gouvernement, à votre Président, c’est : « Ce qui est bon pour les multinationales, est bon pour l’intérêt général. » Vous opérez une confusion entre les deux. Une confusion entre l’intérêt des multinationales et l’intérêt général.

Des grains de sable

Quand nous sommes nous habités par la conviction inverse. Quand nous sommes habités par la conviction que ces multinationales sont des monstres modernes. Qui peuvent écraser les Hommes. Qui peuvent écraser la santé. Qui peuvent écraser la planète dans leur quête de profit. Et que nous devons êtes des obstacles sur leur chemin. Des grains de sable dans leur rouage.

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Chères Fakiriennes, chers Fakiriens,

Cette semaine, il s’est passé quelque chose d’assez exceptionnel : nous avons fait une action commune avec Challenges et Les Echos ! Comme quoi, tout arrive…

Sérieusement, ce jeudi matin, repassait à l’Assemblée nationale le projet de loi sur le Secret des affaires. Malgré une pétition qui rassemble presque 600000 signataires, malgré une tribune publiée hier dans les colonnes de Libération avec plus d’une cinquantaine d’ONG, de syndicats mais également de journaux aussi diverses et variés que Mediapart, La Vie, et, donc, Fakir, Les Echos ou Challenges, la majorité présidentielle a donc validé le secret des affaires.

Il nous faut donc voir ce qui se construit, malgré la défaite législative : les barrières tombent entre les secteurs associatifs, syndicaux et politiques. A la Bourse du Travail mardi soir, lors de notre soirée du Baîllon d’or, devant plus de 500 personnes, lanceurs d’alertes, journalistes et syndicalistes ont rechargé les batteries et nulle doute que pour l’avenir, des pierres sont posées solidement.

On ne rappellera pas une nouvelle fois que notre indépendance, on ne la ne doit qu’à vous (et votre porte-monnaie, un peu, parfois, mais aussi votre bonne volonté).

A très vite !

L’équipe.

PS : votre prochain Fakir arrive bientôt !


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