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juin 19, 2018

Mark Zuckerberg nous prend pour des imbéciles. Par Jean-Louis Gassée


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Source : Monday Note, Jean Louis Gassée, 25-03-2018

Surprise : Grâce aux révélations de Cambridge Analytica, nous découvrons que Facebook a permis une exploitation beaucoup plus large et plus profonde de nos données privées qu’il ne l’avait prétendu auparavant. Les explications fallacieuses de Facebook appellent plus de questions et encore moins de confiance.

En réaction au scandale de Cambridge Analytica, le fondateur et PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, n’a pas été aussi conflictuel que Steve Jobs (« Vous vous y prenez mal ») ou Scott McNealy, PDG de Sun Microsystems (« Passez à autre chose. Vous n’avez pas de vie privée »). Loin de là, les excuses de Zuckerberg ont été bien répétées dans leur formulation embarrassante et maladroite : « Je pense que nous avons laissé tomber la communauté, et je me sens vraiment mal et je m’en excuse… » (extrait de l’interview de Recode avec Zuckerberg).

En tant que leader de Facebook, Zuckerberg décide d’arranger les choses à l’avenir (« c’est mon travail, n’est-ce pas ? ») pendant qu’il livre un disque rayé de type centre d’appels : « Votre vie privée est importante pour nous ». Oui, bien sûr, notre vie privée est importante pour vous ; vous avez gagné des milliards en surveillant et en exploitant nos vies privées. On peut se demander à quel point Zuckerberg est conscient du double sens.

Ce n’était pas la première fois que Zuckerberg s’excusait. En septembre dernier, il a avoué qu’il regrettait d’avoir rejeté auparavant l’idée que Facebook pourrait avoir joué un rôle dans le résultat de l’élection de novembre 2016 (comme toujours, les modifications et les accentuations sont de moi) :

« Après l’élection, j’ai fait un commentaire selon lequel je pensais que l’idée que la désinformation sur Facebook avait changé le résultat de l’élection était une idée folle. Qualifier cela de fou c’était dédaigneux et je le regrette », a écrit le fondateur, offrant sa première reconnaissance publique que ses remarques initiales étaient déplacée. « C’est une question trop importante pour être dédaigneux. »

Avec le nouvel article du Guardian, les choses sont différentes pour Facebook : elles sont bien pires. L’entreprise se trouve dans une nouvelle position défensive en essayant d’expliquer comment les données de 57 millions d’utilisateurs ont été aspirées par un chercheur nommé Aleksandr Kogan et remises à Cambridge Analytica, un trafiquant d’influence politique.

Après quelques jours de silence, Zuckerberg a parlé au New York Times, à CNN, à Wired et Recode pour expliquer ce qui s’est passé et, plus important encore, pour nous dire ce que son entreprise a l’intention de faire pour redresser la situation.

Lire et relire attentivement les mots de Zuckerberg me met mal à l’aise. Bien sûr, il ne suffit pas de se plaindre que le discours du PDG de Facebook semble avoir été répété avec soin. C’est un pro pour gérer une crise majeure. Les déclarations de Persphinctery font partie du prix du billet (extrait de l’interview de NYT) :

« Les questions de protection de la vie privée ont toujours été incroyablement importantes pour les gens. L’une de nos plus grandes responsabilités est de protéger les données. »

Mais nous en arrivons rapidement aux fausses déclarations.

« … les données de quelqu’un sont transmises à quelqu’un à qui les règles du système n’auraient pas dû le permettre, c’est à juste titre un gros problème et mérite de faire un gros scandale. »

Ici, Zuckerberg passe sous silence le fait crucial que le chercheur Aleksandr Kogan a pu accéder aux données d’une manière entièrement compatible avec les règles de Facebook (voir ci-dessous). Il semble que la violation des règles a commencé après qu’il a mis la main sur les données et a conclu un accord avec Cambridge Analytica.

Ensuite, nous avons droit aux déclarations catégoriques. Facebook réalise maintenant ce qui s’est passé et s’assurera que cela ne se produira pas à l’avenir :

« Donc, les actions que nous allons faire ici impliquent d’abord de réduire considérablement la quantité de données auxquelles les développeurs ont accès, de sorte que les applications et les développeurs ne peuvent pas faire ce que Kogan a fait ici. Les mesures les plus importantes, nous les avons prises il y a trois ou quatre ans, en 2014. Mais lorsque nous avons examiné les systèmes cette semaine, il y avait certainement d’autres choses que nous estimions devoir verrouiller, nous aussi. »

Trois phrases riches, ici. Et un problème avec chacune d’entre elles…

Tout d’abord, l’aveu que les propres règles de Facebook permettaient aux développeurs un accès trop large à nos données personnelles. Grâce à Ben Thompson, nous avons une image de l’étendue déconcertante des données d’utilisateurs auxquelles les développeurs avaient accès :

(Le bulletin Stratechery de Thompson est une source précieuse d’idées, d’accords et de désaccords utiles.)

Bien sûr, les développeurs doivent demander la permission de l’utilisateur pour utiliser leurs données – même pour quelque chose d’aussi « innocent » qu’un jeu ou un quiz psychologique – mais il ne s’agit pas d’un consentement éclairé. Les utilisateurs de Facebook ne sont pas des aigles juridiques formés à l’analyse de phrases délibérément obscures, de réseaux de références et de notes de bas de page.

Deuxièmement, Mark Zuckerberg affirme que ce n’est qu’en 2014 que l’entreprise a pris connaissance de l’abus du Open Graph de Facebook par Cambridge Analytica (introduit en 2010). Ceci, pour être poli, met à l’épreuve notre crédulité. Facebook est une machine à surveiller, son métier, c’est de savoir ce qui se passe sur son réseau, sur son “Graph Social [Le Graph Social de Facebook, désigne le réseau de relations constitué de l’ensemble des membres Facebook et des éléments pour lesquels ils ont déclaré un intérêt, NdT].. Plus accablante est la preuve que Facebook a été mis en garde contre les abus de permissions d’applications en 2011 :

« … en août 2011, Schrems [ Max Schrems, militant européen de la protection de la vie privée et avocat] a déposé une plainte auprès de la Commission irlandaise de protection des données, signalant exactement le trou béant dans les permissions des applications concernant les données (l’Irlande étant le point focal de la plainte parce que c’est là que se trouve le siège européen de Facebook). »

Enfin, Zuckerberg nous dit qu’à y regarder de plus près, Facebook se rend compte qu’il y a encore des fuites de données problématiques auxquelles il faut s’attaquer (« Alors nous allons de l’avant et nous le faisons », nous rassure-t-il).

Le message est clair : Zuckerberg pense que nous sommes des idiots. Comment pouvons-nous croire que Facebook ne connaissait pas – et en a tiré des avantages – le vaste abus des données des utilisateurs par ses développeurs ? Nous venons d’apprendre l’existence de la blatte de Cambridge Analytica… combien d’autres sont sous l’évier ? En termes plus juridiques : « Qu’est-ce que vous saviez, et quand l’avez-vous su ? »

La culture d’entreprise émane du sommet et elle commence tôt. En 2004, l’homme qui était en train de créer Facebook aurait traité de « putains d’abrutis » des gens de Harvard qui lui avaient confié leurs courriels, messages texte, photos et adresses. Devrions-nous supposer charitablement qu’il plaisantait ou réfléchir à la puissance révélatrice de telles failles ?

Je n’ai aucune idée de la confiance que Facebook a perdue dans le scandale actuel, de ce qui sera perdu ou regagné dans la combinaison de la révision des méfaits du passé et de l’élaboration de nouvelles règles plus intelligibles. Zuckerberg, qui est très cultivé, sait certainement que tout fonctionne sur la confiance, même les dictatures.

Les semaines et les mois à venir seront particulièrement intéressants, en particulier avec la nouvelle réglementation européenne sur la protection de la vie privée (GDRP) qui entrera en vigueur en mai 2018.

Source : Monday Note, Jean Louis Gassée, 25-03-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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