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mai 28, 2018

« L’Homélie du Dimanche », par Charles Gave


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Il est très agréable de voir Charles Gave optimiste suite à sa rencontre avec de jeunes gens. Dans une période relativement sombre pour la pensée et la réflexion, il est même rassurant de voir et de savoir que de très nombreux jeunes ne se laissent pas empoisonner l’esprit et l’âme par les imbécillités d’usage et en vigueur. Pour le reste, vous savez que j’apprécie la pensée décalée de Charles Gave, raison pour laquelle je partage ses réflexions qui alimentent les nôtres.

Charles SANNAT

L’Homélie du Dimanche.

Il y a environ cinq ans, j’avais été invité par des amis anglais a une petite cérémonie qu’ils organisaient dans la « City » en mon honneur pour fêter mes quarante ans de carrière dans la finance. Je dois avouer que j’avais été profondément ému par cette initiative et que du coup, mon petit discours de remerciement avait été un peu tremblotant. J’ai raconté cette expérience dans l’une de mes chroniques du lundi et les lecteurs pourront la retrouver sur le site.

Je viens de connaître une expérience un peu similaire, à Paris cette fois.

Des anciens de l’Institut de Formation Politique (IFP) m’avaient demandé d’organiser une conférence devant une association qu’ils ont créée et le sujet de la présentation était … moi !

Je devais leur expliquer tout d’abord quel avait été mon parcours personnel et professionnel dans une première partie avant de développer ce qu’était pour moi le libéralisme dans une deuxième.

Bien entendu, la première partie était de loin la plus difficile car le moi est haïssable.

Mais avant de parler de la conférence, je voudrais parler de l’assistance.

Ils étaient environ soixante jeunes, garçons et filles mélangés, mais avec une majorité de garçons, tant il est vrai que le libéralisme semble surtout intéresser la gent masculine, ce qui me désole et que je ne comprends pas trop bien. Ils devaient avoir tous en dessous de trente ans.

Et un certain nombre de choses m’ont très vivement frappé.

La première était leur évidente volonté de s’engager et de servir. Aucun n’était venu là pour comprendre comment « réussir dans la vie », phrase abominable parce qu’elle signifie que la personne qui aurait cette ambition veut prendre plus qu’elle ne veut donner. Ils avaient tous un visage ouvert et des yeux brillants parce qu’ils cherchaient à savoir comment ils pouvaient donner plus qu’ils n’allaient recevoir, ce qui était merveilleux. Réussir sa vie, c’est, comme au rugby, avoir donné plus que l’on a reçu et le reste est calembredaines.

Aucun d’entre eux ne semblait considérer que le fait que j’avais 75 ans signifiait que ce que je pouvais penser ou ne pas penser était sans intérêt, bien au contraire. La réalité était que tous ces jeunes étaient désespérément à la recherche d’un ancien prêt à partager avec eux les expériences que le vieil homme que je suis avait accumulé dans sa vie.
Aucun d’entre eux ne semblait penser que le fait d’être jeune lui donnait un quelconque avantage sur moi. Au contraire, ils voulaient tous apprendre et nul ne peut apprendre s’il ne se tourne vers un ancien pour l’instruire. J’ai donc eu en face de moi des gens qui, quelque part, avaient été trahis par le système d’enseignement actuel qui prétend que le jeune en sait autant que le vieux en les plaçant sur un pied de soi-disant égalité. Ce qui est faux et constitue une lâcheté démagogique de la part du vieux dans l’espoir de faire croire au jeune que lui aussi est jeune (puisqu’il prétend ne rien savoir de plus), ce qui est d’une imbécillité foudroyante. S’il est sûr de ne rien savoir de plus, qu’il se taise…

Ce qui m’amène au point suivant : ma génération, celle de mai 68, sans aucun doute la plus bête de l’histoire de France, a une caractéristique essentielle : elle nie le passage du temps et vit dans une espèce de présent perpétuel. Ce faisant, elle refuse à la fois d’enfanter, de mûrir et de mourir comme chacun le sait. Et donc mes contemporains refusent de transmettre et de partager leurs expériences et leurs savoirs puisque dans le fond, ils se considèrent comme des rivaux avec ceux qui vont inéluctablement les remplacer. La phrase de Jean-Baptiste disant en parlant du Christ « Il faut que je diminue pour qu’il puisse grandir » leur est non pas odieuse, mais incompréhensible. Cependant, même s’ils ne veulent pas être remplacés, ils le seront, si ce n’est par les enfants qu’ils n’ont pas eus, alors par les enfants des autres, à qui ces autres auront transmis des valeurs qui ne seront pas les leurs et qui leur sont déjà odieuses.

Et donc, j’ai vu des jeunes hommes et des jeunes femmes dans une attente quasiment fiévreuse d’une parole « authentique », ce qui ne veut pas dire vraie. La vérité n’existe pas en ce monde, mais on peut s’en rapprocher en mettant en concurrence des paroles authentiques, qui peuvent et doivent être contradictoires les unes avec les autres. Et c’est dans ces contradictions que se forge une nouvelle pensée authentique et cette émergence ne peut à chaque fois être qu’individuelle. L’idée de l’accouchement, que ma mère appelait « le mal joli », vient immédiatement à l’esprit. Le rôle de l’enseignant est de faire accoucher les élèves de ce qui deviendra leur pensée à chacun d’entre eux et en aucun cas la sienne.

Et donc, lors de cette soirée, j’ai eu vraiment la sensation d’avoir en face de moi les enfants non pas d’une génération perdue, mais d’une génération trahie par leurs professeurs. Quand j’étais jeune, je pouvais me confronter à des adultes qui n’avaient pas peur de la lutte, voire, dans le cas des tous meilleurs parmi eux, qui la recherchait et qui la recherchait pour m’aider.

L’un de ces professeurs m’avait dit un jour : « Charles, dans un débat, n’oubliez jamais que si vous commencez à enfoncer votre adversaire intellectuellement en utilisant la logique, alors il partira dans l’irrationnel. »

Les professeurs et les soi-disant maîtres à penser d’aujourd’hui font beaucoup mieux : ils refusent le débat, puisqu’ils ont la Vérité, en laissant celui qui a besoin d’accoucher d’une vérité à lui se débrouiller tout seul …

Un intellectuel qui prétend détenir la Vérité n’est pas un intellectuel mais un gardien de Stalag.

Et ces gens n’élèvent plus nos enfants (ce qui veut dire les amener vers le haut) mais les dressent comme des bêtes de cirque et ceux qui deviendront nos dirigeants sont ceux qui peuvent sauter dans le cercle enflammé le plus habilement. Et l’on nous dit que les dernières promotions de l’ENA n’auraient aucun caractère ! Vraiment ?

Et quand il y a débat, le recours à l’irrationnel par la partie faible intellectuellement, c’est-à-dire par les partisans de la pensée unique, est instantané, par exemple en recourant à la fameuse « reducto ad Hitlerium ».

J’ai donc vu une génération trahie, mais libre et qui veut avant tout apprendre pour comprendre et ensuite agir.

J’en ressors tout ragaillardi.

Que leur ai-je dis ?

D’abord, que j’avais été influencé très profondément par les vies de mon grand-père et de mon père, qui tous les deux avaient su prendre les bonnes décisions, au risque de leur vie, à des moments extraordinairement difficiles pendant les guerres mondiales et pendant la guerre d’Algérie alors même que la masse de leurs contemporains allaient dans l’autre sens.

Ensuite, que ma vie avait été guidée par le hasard, mais que je ne crois pas au hasard.

Par exemple, j’ai fait des études d’économie « par hasard » après mon bac, parce que ma future belle-sœur m’a signalé que de nouvelles études en « sciences économiques » commençaient à l’Université. Mais nous étions allés voir avec mon père le professeur Cluzeau, agrégé d’économie et enseignant à la fac mais aussi président de l’école de commerce de Toulouse pour lui demander son conseil. Ayant parlé avec moi cinq minutes, il me dit « économie ». Et donc j’ai été le bénéficiaire du conseil d’un ancien…

Mes études aux USA ? Encore un hasard, puisque je suis tombé sur une université qui non seulement m’acceptait, mais m’offrait un poste de professeur assistant pour financer mes études. À l’origine de cette acceptation, un ancien de ma famille qui connaissait des gens aux USA.

Mon premier travail à la Banque de Suez ? Un vieil ami de ma grand-mère connaissait bien un homme qui était vice-président de la compagnie financière de Suez… J’avais d’autres offres d’IBM, de Procter & Gamble, de Pont à Mousson, je choisis la banque de Suez, sur son conseil. Encore un ancien…

Ma première société ? Mon patron à la banque s’appelait Éric Auboyneau. Quatre institutions financières européennes voulaient lancer un centre de recherche qu’il dirigerait. Il leur dit qu’il n’accepterait que si je partais avec lui. Ce que je fis. Des anciens m’ont guidé…

Départ pour Londres en 1981 ? Mon épouse et moi avions décidé d’un commun accord qu’en aucun cas nous n’accepterions de vivre dans un pays où il y aurait des ministres communistes. En septembre 1981, nous étions à Londres, sans un rond, et j’ouvrais la filiale anglaise de ma société en France et cela au début des années Thatcher pendant lesquelles la Grande-Bretagne s’envola pendant que la France s’enfonçait dans une nuit dont elle n’est pas sortie. Décision non pas hasardeuse mais morale… Pourquoi ? Parce que nous avions lu Soljenitsyne… grand ancien s’il en fut.

Créer une société de gestion institutionnelle à Londres pour mes clients américains ? Encore une fois, à la demande de ces clients (des anciens…) et non pas sur une initiative personnelle

Puis vient inéluctablement le temps des épreuves : ayant vendu cette société à un grand groupe américain alors que nous gérions 10 milliards de dollars, je suis au sommet du monde.

Patatras, je commence une dépression qui durera six ans pendant lesquels je suis complétement au tapis. Beaucoup de nos amis nous quittent, la solitude s’installe.

Je sors du trou et mon fils, brillant sujet, me dit qu’il va lancer une société de recherche, que nous utiliserons au début la liste de mes anciens clients pour les démarcher et que je travaillerai pour lui. J’accepte. Nous avons maintenant 900 clients dans 65 pays et gérons près de 2 milliards de dollars, la société compte près de 100 personnes. Un jeune aidant l’ancien que j’étais devenu.

Je veux aider mon pays, je prends la présidence d’un think tank français. Ça ne marche pas du tout. Ma fille aînée, autre brillant sujet, à qui je demande conseil, me dit qu’elle va me créer un think tank à nous et l’aventure de l’Institut des Libertés commence et se poursuit à ma plus grande satisfaction. Nous avons pu aider l’Institut de formation Politique d’Alexandre Pesey, aider au financement de la bourse Tocqueville, aider (un peu) Philippe Nemo dans le lancement de son école professorale de Paris, aider tel ou tel groupe de gens qui se battent contre la nuit intellectuelle qui gagne notre pays. Nous avons 80 000 clics individuels par mois… Un jeune aidant un ancien, encore une fois…

Et je viens de lancer deux nouvelles sociétés, l’une d’intelligence artificielle appliquée aux marchés financiers et l’autre de conseils en construction de portefeuille à destination des institutions financières françaises. « Semer à son âge, passe, mais planter ? » comme l’aurait dit La Fontaine.

Mais dans ma maison à Avignon, il y a un arbre qui aurait 350 ans et qui a peut-être été planté par un vieil homme qui doit sourire en me voyant planter à mon âge. Pourquoi : parce que l’ancien aime rendre …

Hasards certes, coups de pouce donnés au bon moment, sans aucun doute, mais à chaque fois j’ai pris le risque, soutenu que j’étais par mon épouse toujours d’accord avec mes décisions et les suscitant parfois.

Attendre la prochaine prise de risque avec impatience, tel est le premier secret d’une vie pendant laquelle j’ai pris beaucoup de coups, j’ai connu beaucoup d’échecs (dont nul ne se souvient sauf moi) et quelques réussites mais je ne me suis jamais ennuyé car je n’ai jamais cessé d’apprendre.

Si vous vous ennuyez, si vous n’apprenez plus, mettez-vous à l’écoute. Le « hasard » va passer qui vous permettra de sortir de votre ennui et si le hasard se présente sous les traits de quelqu’un de beaucoup plus jeune ou de beaucoup plus vieux que vous, tant mieux. On bâtit rarement quelque chose tout seul.

Et le second secret, une fois de plus est que Dieu ne sait compter que jusqu’à un.

Il n’y a pas de responsabilité collective, il n’y a pas de morale collective, il n’y a pas de conscience collective. Vous avez reçu des talents, c’est à vous et à vous seul qu’il appartient de les faire fructifier. Dire que le maître est dur et veut récolter là où il n’a pas semé est indigne et destructeur. Il y a plus de grandeur dans un échec que dans une médiocre stagnation.

Et bien entendu, ce sont là les deux messages essentiels des Évangiles.

Il n’y a de bonheur que dans la prise de risque.
Ceux qui ont pris des risques, le fils indigne, la femme adultère, le bon larron sur la croix… sont toujours pardonnés.

Ceux qui n’en ont pas pris sont la plupart du temps envoyés en enfer.

Dieu ne sait compter que jusqu’à un.

Ce qui veut dire que non seulement vous êtes libre de vous opposer à la tribu (aujourd’hui les défenseurs de la pensée unique), mais que vous devez le faire si la tribu ou son chef essaie de réduire votre liberté individuelle, comme le firent Thomas Moore et Thomas Beckett. Ils y laissèrent leur vie, mais qui se souvient de ceux qui la gardèrent ? Dans le fond, prendre des risques, puis les assumer, voilà le seul et unique secret. Et seule une société où tout le monde est égal devant la loi le permet. J’ai eu l’impression que cela correspondait à leur idée du libéralisme.

Charles GAVE

Source Institut des Libertés ici


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