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juin 22, 2018

Le chef du renseignement de Trump : La Corée du nord a appris de la guerre de Libye à ne “jamais” renoncer aux armes nucléaires


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Un article de 2017 fort à propos….

Source : The Intercept, Jon Schwartz, 29-07-2017

Photo : KNS/AFP/Getty Images

Les medians sont maintenant plein de gros titres sur l’essai des missiles nord-coréens de vendredi, qui a démontré que ses ICBM (missiles balistiques intercontinentaux) peuvent atteindre le continent américain. Ce qui n’est mentionné dans aucun de ces articles est la façon dont nous en sommes arrivés là – en particulier, ce que Dan Coats, chef du renseignement national du président Donald Trump, a expliqué la semaine dernière au Forum sur la sécurité à Aspen.

Le dictateur nord-coréen de 33 ans, Kim Jong-un, n’est pas fou, a dit Coats. En fait, il a « une certaine justification rationnelle à l’appui de ses actions » en ce qui concerne les armes nucléaires du pays. L’aspect rationnel est la façon dont les États-Unis ont démontré que la Corée du Nord doit les garder pour assurer « la survie de son régime, la survie de son pays ».

Kim, selon Coats, « a observé, je pense, ce qui s’est passé dans le monde entier par rapport aux pays qui possèdent des capacités nucléaires et l’effet de levier qu’ils ont et a vu que le fait d’avoir la carte nucléaire dans sa poche permet d’avoir une grande capacité de dissuasion ». En particulier, « Les leçons que nous avons tirées de l’abandon par la Libye de ses armes nucléaires… est, malheureusement : si vous aviez des armes nucléaires, ne les abandonnez jamais. Si vous ne les avez pas, procurez-les-vous. »

C’est, bien sûr, d’une évidence aveuglante, et ce, depuis que les États-Unis ont aidé à évincer le régime du dictateur libyen Mouammar Kadhafi en 2011 établi depuis déjà de longues années. Mais les responsables américains ont rarement, voire jamais, reconnu cette réalité. Voici la chronologie :

En décembre 2003, la Libye a annoncé qu’elle abandonnerait ses stocks d’armes biologiques et chimiques, ainsi que son programme rudimentaire d’armes nucléaires.

En saluant la décision de la Libye, le président George W. Bush a déclaré que le reste du monde devrait faire passer le message expliquant que « les dirigeants qui abandonnent la recherche d’armes chimiques, biologiques et nucléaires, et les moyens de les livrer, trouveront une voie ouverte vers de meilleures relations avec les États-Unis et d’autres nations libres ». Paula DeSutter, secrétaire d’État adjointe de Bush pour la vérification et la conformité, a expliqué que « nous voulons que la Libye soit un modèle pour les autres pays ».

En 2011, les États-Unis et l’OTAN ont mené une campagne de bombardements pour aider les rebelles libyens à renverser le gouvernement de Kadhafi. Kadhafi lui-même a été capturé par une faction rebelle, qui l’a apparemment sodomisé avec une baïonnette et l’a ensuite tué.

On s’attendrait certainement à ce que cela attire l’attention de la clique dirigeante de la Corée du Nord – d’autant plus que l’Irak a également désarmé puis été envahi, avec son dictateur exécuté par une foule hurlante.

Et, en effet, la Corée du Nord l’a dit explicitement à l’époque. Son ministère des Affaires étrangères a déclaré : « La crise libyenne donne à la communauté internationale une importante leçon », à savoir que l’accord visant à débarrasser la Libye des armes de destruction massive avait été « une stratégie d’invasion pour désarmer le pays ».

Pourtant, l’administration Obama l’a nié sans vergogne. Un journaliste a déclaré au porte-parole du département d’État, Mark Toner, que « les Nord-Coréens sont en train d’examiner la question » et que cela « ne les incitait pas à renoncer à leurs armes nucléaires ». Toner a répondu que « là où [la Libye] en est aujourd’hui n’a absolument aucun lien avec leur renoncement à leur programme nucléaire et à leurs armes nucléaires ».

De plus, les Nord-Coréens et d’autres pays peuvent lire, et donc comprendre ce que l’élite de la politique étrangère américaine a expliqué à maintes reprises pourquoi nous voulons que les petits pays désarment. Ce n’est pas parce que nous craignons qu’ils utilisent des armes de destruction massive lors d’une première attaque contre nous, puisque des pays comme la Corée du Nord comprennent que cela mènerait immédiatement à leur anéantissement. Au lieu de cela, nos mandarins disent explicitement que le problème est que les armes non conventionnelles aident les petits pays à nous dissuader de les attaquer.

Les exemples sont nombreux. Par exemple, dans une note de service de 2001, le secrétaire à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld, a déclaré :

Plusieurs de ces [petits pays ennemis] sont intensément hostiles aux Etats-Unis et s’arment pour nous dissuader d’utiliser notre puissance conventionnelle ou nucléaire dans une crise régionale…

Des technologies disponibles partout dans le monde [ADM : Armes de Destruction Massive] peuvent être utilisées pour créer des réponses « asymétriques » qui ne peuvent pas vaincre nos forces, mais qui peuvent empêcher l’accès à des zones critiques en Europe, au Moyen-Orient et en Asie… Des approches « asymétriques » peuvent limiter notre capacité à utiliser la puissance militaire.

The think tank Project for a New American Century [Le groupe de réflexion Projet pour un nouveau siècle américain, NdT]), un groupe de pression néoconservateur qui a eu une forte influence sur l’administration de George W. Bush, a fait la même remarque dans un document influent intitulé Rebuilding America’s Defenses (Reconstruire les défenses de l’Amérique) :

Les États-Unis doivent également contrer les effets de la prolifération des missiles balistiques et des armes de destruction massive qui pourraient bientôt permettre à des États de moindre envergure de dissuader d’engager une action militaire américaine en menaçant les alliés américains et la patrie américaine elle-même. De toutes les missions nouvelles et actuelles des forces armées américaines, celle-ci doit avoir la priorité…

Dans l’après Guerre froide, l’Amérique et ses alliés, plutôt que l’Union soviétique, sont devenus les principaux objets de dissuasion et ce sont des États comme l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord qui souhaitent le plus développer des capacités de dissuasion.

En fait, même Dan Coats lui-même l’a dit dans un éditorial de 2008 qu’il a coécrit. « Une République islamique d’Iran dotée d’armes nucléaires serait stratégiquement insupportable », a déclaré M. Coats, car elle posséderait une « force de dissuasion » contre les attaques des États-Unis. Et pour empêcher l’Iran d’acquérir cette capacité à nous dissuader, a-t-il expliqué, nous devrons peut-être les attaquer.

La vidéo du discours de Coats et ses remarques complètes ici

DAN COATS : C’est devenu une menace potentielle pour la survie des États-Unis et c’est très préoccupant.

LESTER HOLT : Et en ce qui concerne le nombre d’options disponibles publiquement, nous savons qu’il n’y en a pas beaucoup d’intéressantes, et beaucoup d’entre elles sont d’essayer de savoir ce que Kim Jong-un a dans la tête et je pense que c’est le type d’information le plus difficile à obtenir, prédire le comportement de quelqu’un.

COATS : Eh bien, il a manifesté publiquement un comportement qui soulève vraiment des questions sur qui il est, comment il pense, comment il agit, que révèle son comportement, mais notre évaluation a abouti au fait que, bien qu’il soit un type de personne très inhabituel, il n’est pas fou. Il y a également une certaine logique à l’appui de ses actions qui sont la survie, la survie de son régime, la survie de son pays, et il a observé ce qui s’est passé dans le monde entier par rapport aux pays qui possèdent des capacités nucléaires et l’effet de levier dont ils disposent, et il a vu que le fait d’avoir la carte nucléaire dans sa poche permet d’avoir une grande capacité de dissuasion. Les leçons tirées du fait que la Libye a renoncé à ses armes nucléaires et que l’Ukraine a aussi renoncé à ses armes nucléaires, sont malheureusement que si vous aviez des armes nucléaires, ne les abandonnez jamais. Si vous n’en avez pas, procurez-vous-en, et nous voyons beaucoup de nations qui pensent maintenant à la façon d’en obtenir et aucune n’est plus tenace que la Corée du Nord…

Photo du haut : Le chef nord-coréen Kim Jong-un inspecte les troupes de l’unité 534 de l’Armée populaire coréenne le 12 janvier 2014.

Source : The Intercept, Jon Schwartz, 29-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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