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juillet 19, 2018

Massacre à Gaza : contorsions cyniques dans les médias français, par Acrimed


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Le 2 avril sur France Inter, soit trois jours après la répression et le meurtre des manifestants gazaouis, Bernard Guetta déclamait son éditorial géopolitique depuis Paris, confortablement assis dans un studio de la Maison ronde. « L’aveuglement de Monsieur Netanyahou » titrait-il, avant de commencer ainsi : « On peut en dire tout, le reste et son contraire de cette bataille de Gaza dont le bilan s’est élevé, vendredi soir, à seize morts et quelques 1400 blessés, tous Palestiniens ».

L’entrée en matière laisse d’abord dubitatif quant au fait de pouvoir dire « tout et son contraire » sur les événements d’une part, et de parler d’autre part d’une « bataille de Gaza » quand – et le géopolitologue médiatique le précise lui-même – des « tireurs d’élite » israéliens, couchés sur le haut d’une colline surplombante qui les séparait des manifestants de plus d’une centaine de mètres, ont abattu de sang-froid des Palestiniens désarmés. Ces ambiguïtés laissent toutefois place à un « constat pas contestable » : celui d’une « manifestation très majoritairement pacifique » et d’une « disproportion de la riposte [israélienne] d’autant plus choquante qu’aucun manifestant n’était en passe de franchir la frontière entre la Bande de Gaza et Israël ».

Là était le « tout ». Mais comme l’avait annoncé Bernard Guetta, « son contraire » est venu ensuite :

Mais il est également vrai qu’il s’agissait-là de la première journée d’un mouvement conçu pour durer six semaines et que les autorités israéliennes n’avaient ainsi pas de bonne solution [3]. (Sic) Si elles se contentaient delacrymogènes et de balles en caoutchouc, elles risquaient qu’il y ait beaucoup plus de gens qui s’approchent de la frontière et essayent même de la franchir, il n’y aurait alors pas eu seize morts, mais un bain de sang d’une tout autre ampleur qui pouvait embraser la Palestine et placer Israël dans une position diplomatique encore bien plus difficile que celle qu’il affronte aujourd’hui.

Une sorte d’action humanitaire avec comme premier objectif de sauver des vies en somme ? Et de poursuivre :

Le gouvernement israélien a, en un mot, tenté de tuer dans l’œuf un mouvement de levée en masse des Palestiniens qui, visiblement, l’inquiète. On verra dans les prochains jours s’il y est parvenu ; tout pronostic serait hasardeux, mais la certitude est que le bras de fer de vendredi dit toute l’impasse où en sont Israéliens et Palestiniens.

Cet éditorial a au moins un mérite : nous éclairer sur le cynisme et le caractère hors-sol du « journalisme géopolitique ». Car sous prétexte de « prendre de la hauteur » en nous révélant les stratégies des uns et des autres en bon porte-voix d’une géopolitique désincarnée, Bernard Guetta néglige toute réalité de terrain et méprise les vies humaines, ramenées à des variables négligeables dans le « grand jeu » que le « grand » journaliste prétend éclairer. Alignant son commentaire sur la communication de l’armée israélienne, le géopolitologue reprend à son compte l’idée que le meurtre de dix-sept manifestants [4] (dont il faut comprendre qu’il ne s’agissait donc pas d’un « bain de sang ») aurait évité un « bain de sang ». Mais il affirme aussitôt que l’objectif de la fusillade était de « tuer dans l’œuf un mouvement de levée en masse des Palestiniens »… Comprenne qui pourra : fusillade humanitaire ou opération d’intimidation politique sanglante [5] ?

Cette chronique est également révélatrice de l’arrière-plan qui sous-tend les différents comptes rendus ou prises de position journalistiques : l’acceptation et la légitimation de l’ordre colonial tel qu’il est établi depuis des années par Israël – sans que cet ordre ne soit systématiquement rappelé. En s’abstenant de rappeler les raisons (légitimes) qui poussent les Palestiniens à se mobiliser, Bernard Guetta entérine ainsi la colonisation et l’occupation, tout comme il légitime la violence dont elle use systématiquement pour se maintenir en place. On comprend qu’un tel cadrage conduise à déduire que « les Israéliens n’avaient pas de bonne solution ».

Marianne, d’analyses biaisées en partis-pris cyniques

À lire « l’analyse » du correspondant à Jérusalem de Marianne, le cynisme de certains « spécialistes » de l’information internationale est une déformation professionnelle. Quatre jours après les événements, Julien Lacorie publie en effet une « analyse » [6] intitulée « Gaza : la poigne de fer israélienne contre la surenchère permanente du Hamas ». Où l’on peut lire dès le chapô :

Les acteurs du drame de Gaza du vendredi 30 mars se préparent d’ores et déjà à rejouer la scène. Il s’agit pour chaque camp d’aller au bout d’une stratégie sanglante.

En plus de négliger l’élan populaire ayant poussé des dizaines de milliers de Palestiniens à manifester et de réduire les événements à une pure et simple « stratégie » du Hamas – qualifiée de « surenchère » qui plus est – le journaliste met sur le même plan les « acteurs » de la « Marche du retour », non armés et dont certains furent assassinés, avec « l’autre camp ». Sous la plume du journaliste, les victimes et leurs bourreaux sont ainsi présentés comme les co-responsables d’une « stratégie sanglante ». Or, force est de constater que le bilan a été plus sanglant d’un côté que de l’autre…

Le titre de l’article et son introduction condensent peut-être à eux seuls un biais récurrent du traitement de la question palestinienne par les grands médias : « l’obsession de la symétrie » au nom d’une « prétendue neutralité ». Dans un article que nous publiions en 2012, déjà, nous l’expliquions en ces termes :

Le premier de ces biais est celui de l’injonction permanente à un traitement « équilibré » du conflit […] Or la situation ne s’y prête pas, pour la bonne et simple raison que l’État d’Israël et les Palestiniens ne sont pas dans une situation équivalente. S’il existe bien un « conflit » opposant deux « parties », nul ne doit oublier que ses acteurs sont, d’une part, un État indépendant et souverain, reconnu internationalement, doté d’institutions stables, d’une armée moderne et suréquipée et, de l’autre, un peuple vivant sous occupation et/ou en exil, sans souveraineté et sans institutions réellement stables et autonomes. Adopter une démarche qui se veut équilibrée conduit donc nécessairement à occulter certains aspects de la réalité, tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’équivalent dans l’autre « camp ». […] Il s’agit de montrer que la souffrance des uns ne va pas sans la souffrance des autres, et que les moments de tension ou d’apaisement sont liés à des décisions ponctuelles prises par l’un ou l’autre des deux « camps », ou par les deux conjointement.

À ce travers, qui irrigue le reste de l’article, s’ajoute comme précédemment un biais « géopolitique » : un prisme qui conduit Julien Lacorie à regarder les événements uniquement « par le haut », loin de toute enquête de terrain à laquelle pourrait pourtant prétendre un journaliste sur place, même basé à Jérusalem… Ces biais dépolitisent la question palestinienne et se doublent d’un ton particulièrement complaisant et cynique du journaliste :

Israéliens et Palestiniens prennent un malin et cruel plaisir à confirmer les pires scénarios (sic). Ils l’ont une nouvelle fois prouvé vendredi 30 marslorsque des dizaines de milliers de manifestants chauffés à blanc par les islamistes du Hamas ont marché vers la frontière entre la bande de Gaza et Israël. La centaine de tireurs d’élite israéliens qui les attendaient de pied ferme bien décidés à ne pas les laisser s’infiltrer, ont fait un « carton » (re-sic). Bilan : 18 morts et des centaines de blessés par balles. Plus grave encore ; les acteurs du drame se préparent d’ores et déjà à des remakes sanglants.

On ne sait si des aspirations cinématographiques animent secrètement le journaliste, mais il aime vraisemblablement mettre la réalité en scène pour en faire des fables édifiantes. Au vu des événements, et malgré les guillemets, les mots et le ton dont use le correspondant de Marianne sont pour le moins inappropriés quand ils ne conduisent pas à la désinformation pure et simple : à moins d’assumer une servilité sans borne à l’égard de la propagande israélienne, nous sommes en effet plus que curieux de connaître quelles bases sourcées permettent au journaliste d’évoquer une menace de masse en sous-entendant que les « dizaines de milliers de manifestants » avaient pour but de « s’infiltrer » en territoire israélien [7]. Mais les informations de terrain ne semblent pas intéresser le journaliste-géopolitologue de Marianne. Après nous avoir expliqué combien les événements étaient un « succès » pour le Hamas car « Israël s’est de nouveau retrouvé en position d’accusé dans le monde, à la seule exception de Donald Trump », le journaliste conclut en citant une mesure à même de « désenclaver la bande de Gaza » selon lui :

Seul Israël Katz, le ministre des Transports et chargé des services de renseignements, a osé présenter une initiative un tant soit peu originale en proposant de créer une île artificielle à 5 km des côtes de Gaza qui pourrait abriter un port, un aéroport, des centrales électriques et de dessalement de l’eau de mer, le tout sous contrôle de sécurité israélien.

« Original » en effet…

Les assassinats ? Une « réplique » !

L’acceptation de fait de la colonisation et la banalisation des violences ont également conduit de nombreux médias à présenter les tirs israéliens comme des « répliques » – soit une quasi légitime défense, d’autant plus « naturelle », pour certains, que l’armée israélienne « avait prévenu », rendant le massacre « inéluctable ». Plus ou moins marqué selon les articles de presse ou reportages, ce bruit médiatique n’en reste pas moins omniprésent.

Au 20h de France 2, le soir du 30 mars, l’« obsession de la symétrie », au mépris non seulement des rapports de forces, mais des faits eux-mêmes est poussée à l’extrême dès le titre du sujet : « Israël-Gaza : affrontements meurtriers ».

La présentation du correspondant à Jérusalem est à l’avenant :

Un bilan lourd qui pourrait même s’alourdir encore un peu plus dans les heures qui viennent puisque l’armée israélienne vient d’annoncer avoir bombardé trois cibles à Gaza en réponse à une incursion d’hommes armés sur son territoire. Auparavant, plus de trente mille Palestiniens s’étaient massés le long de la frontière avec l’État hébreu pour dénoncer la politique israélienne. L’armée israélienne au cours de cette semaine avait tout fait pour dissuader les Palestiniens de se rendre à cette manifestation […] L’armée avait notamment bombardé euh… déployé, lâché des tracts sur l’enclave palestinienne et également annoncé le déploiement de tireurs d’élite pour faire face à ces manifestants mais les affrontements ont tout de même éclaté en début d’après-midi.

À nouveau, le message – toujours selon le même schéma de cause à effet – est le suivant : les Palestiniens se sont entêtés et n’ont pas écouté les recommandations qui leur ont pourtant été faites. Ça ne pouvait donc se passer que de la sorte. Autrement dit : n’ayant pas respecté les interdictions israéliennes de se rassembler sur leur propre territoire, les manifestants palestiniens tués ou blessés par balles sont responsables (coupables ?) de leur sort… Remarquable respect du droit à manifester et du droit à l’autodétermination des peuples.

Parce qu’elles endossent plus ou moins consciemment les « règles » israéliennes, de telles présentations n’ont en réalité rien de « neutres » ou d’« équilibrées » malgré leur prétention. Elles le sont d’autant moins quand elles s’accompagnent d’éléments de contexte qui, sous couvert d’éclairer la situation, sont interprétés par les journalistes comme autant de motifs venant disqualifier toute mobilisation du côté des Palestiniens, quand ils n’amènent pas à se dire que ces derniers « l’auraient quand même un peu cherché »… Ainsi de deux questions de Raphaël Kahane, relevées lors d’un débat que le journaliste animait sur France 24 le 3 avril :

– Connaissant là encore le dispositif qui avait été déployé par Israël, est-ce que cela n’aurait pas dû dissuader les mouvements, y compris de la société civile gazaouie, d’envoyer ou de laisser disons, d’encourager des dizaines de milliers de personnes notamment beaucoup de femmes et d’enfants de se rendre sur ce qui allait devenir une ligne de front ?

– Cette manifestation qui doit se poursuivre jusqu’au 15 mai c’est-à-dire le jour de la Nakba […] C’est aussi le moment, la mi-mai, où doit avoir lieu le début du transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem : est-ce que là on n’a pas une symbolique qui est particulièrement risquée en terme de dates ? On a pris un risque en choisissant de manifester à ces dates-là ?

On notera que ce journaliste du service public audiovisuel français ratifie, normalise et finalement légitime les menaces sanglantes des autorités israéliennes, qui auraient dû « dissuader » les Palestiniens de se mobiliser, mais ne demande jamais ce qui pourrait « dissuader » l’armée israélienne de tirer sur des manifestants pacifiques, et encore moins si le respect du droit international, y compris la levée du blocus de Gaza, ne pourraient pas contribuer à « dissuader » les Palestiniens de manifester.

De « tensions » en « affrontements »

Autre tare récurrente dès qu’il s’agit du conflit opposant les Palestiniens à Israël : présenter ce qui relève de massacre comme des « affrontements » voire de simples « tensions » contribue à invisibiliser les rapports de force en minimisant les violences d’une part et en considérant, de l’autre, que les deux « camps » seraient à égalité. Ce vocabulaire culmine dans l’invisibilisation même de l’intervention meurtrière des militaires israéliens : « les affrontement ont causé la mort d’au moins douze personnes », « affrontements et face-à-face meurtriers » ou encore « la manifestation a fait 16 morts ».

Particulièrement ravageuses en titraille – mais pas seulement – de telles formulations témoignent au moins autant d’un réflexe journalistique résultant d’un travail « à la va-vite » et d’une profonde méconnaissance du sujet que du peu de considération que vouent les journalistes à un territoire situé loin de l’hexagone… En d’autres termes, au moment de déplorer des morts – cérémonie que les médias savent jouer en grande pompe et des heures d’antenne durant – tous ne se valent pas.

Florilège :

France 2

Franceinfo

20Minutes

Europe 1

Le Télégramme

France 24

RTL

La Dépêche

Europe 1 (2 avril)

Le « syndrome de Tom et Jerry »

Tom et Jerry, célèbres personnages de dessins animés, sont en conflit permanent. Ils se courent après, se donnent des coups, construisent des pièges, se tirent parfois dessus et, quand ils semblent se réconcilier, sont en réalité en train d’élaborer de nouveaux subterfuges pour faire souffrir l’adversaire. Le spectateur rit de bon cœur, mais il reste dans l’ignorance : il ne sait pas pourquoi ces deux-là se détestent, on ne lui a jamais expliqué pourquoi Tom et Jerry ne peuvent pas parvenir à une trêve durable, voire une paix définitive. La comparaison a ses limites, mais il n’est sans doute pas exagéré de considérer que les grands médias, notamment audiovisuels, nous offrent souvent, lorsqu’il s’agit du Proche-Orient, une information digne de Tom et Jerry : « le cycle de la violence a repris » ; « la trêve a été brisée » ; « la tension monte d’un cran » ; « les deux parties haussent le ton » ; etc.

Ce syndrome, nous le diagnostiquions déjà dans la plupart des grands médias en 2012. Nous ajoutions alors que sont toujours privilégiés « les événements spectaculaires et les causalités immédiates […] au détriment de l’exposé et de l’analyse des causes profondes et des tendances sur la longue durée. Le pseudo-équilibre et la course à l’événement vont peut-être offrir au public les moyens de s’émouvoir, mais absolument pas de comprendre. »

Vendredi dernier, on peut dire que les grands médias français ont redécouvert Gaza et le conflit. Un massacre : voilà ce qu’il faut aux grandes rédactions pour daigner traiter l’actualité de la région [10]. Hormis une minorité de correspondants documentant régulièrement la vie sur place, on peut dire que les territoires palestiniens, au même titre que bien d’autres régions du monde, sont enfermés dans les oubliettes des rédactions. Et quand un événement semble digne d’attirer l’attention médiatique, il subit les travers d’une couverture bâclée, symptomatique d’une information internationale aux abois.

Et comme la situation sur place ne bénéficie d’aucun suivi régulier, comment s’étonner que, dès lors que survient un « événement », la plupart des médias en soient réduits à le traiter sous forme de brève, à « bâtonner » des dépêches AFP et, ne disposant d’aucune source du côté palestinien (et encore moins dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas), à reprendre sans précaution les « éléments de langage » proposés par la puissante propagande israélienne.

À cet égard, la dépêche AFP datée du 3 avril est symptomatique. On y apprend « [qu’]un Palestinien a été tué mardi [3 avril, NDLR] par des tirs de soldats israéliens à la frontière entre la bande de Gaza et Israël, où 17 autres ont été tués depuis vendredi ». Près d’un tiers de cette dépêche se résume à citer l’armée israélienne parlant d’« émeutes », prévenant les manifestants qu’ils « mettaient leur vie en danger », justifiant ses tirs du vendredi parce que « des suspects endommageaient la barrière de sécurité ». Le ministère de la Santé à Gaza n’est cité que lorsqu’il s’agit de comptabiliser les morts palestiniens. En d’autres termes, le peu de « fond » peut être laissé à l’armée israélienne et la « forme », aux Palestiniens. Du contexte, on n’apprendra en quatre mots ce que réclame la « Marche du retour », en trois que l’ambassade états-unienne va bientôt se déplacer à Jérusalem et en deux que la vie à Gaza est dure :

La désespérance dans la bande de Gaza, éprouvée par les guerres, la réclusion, la pauvreté et les pénuries, ajoute à la volatilité ambiante.

Il n’en fallait visiblement guère plus à L’Express, au Parisien, au Figaro et à Capital entre autres pour publier une brève sans rien y ajouter, à quelques nuances près.

Des brèves qui en disent peu aux lecteurs, et long sur la précipitation des rédactions à courir derrière l’information sans chercher à l’étayer et à l’étoffer davantage. Samedi 31 mars, au lendemain du massacre, les lecteurs du Parisien auront par exemple appris brièvement que la veille, à Gaza, « un face-à-face tendu […] a dégénéré en affrontement ». L’information (ou ce qu’il en reste) étant reléguée en page 6, dans une petite colonne où la brève qui suivait s’intitulait « Qui s’est fait passer pour Brigitte Macron ? ».

Dans un court reportage se voulant « récapitualtif » intitulé « 16 Palestiniens tués : ce qu’il s’est passé lors d’affrontements à Gaza », BFM-TV s’illustre quant à elle par sa capacité à délivrer des informations de qualité. Le téléspectateur chanceux a eu droit, en effet, à une mise en perspective replaçant l’événement dans des tendances de longue durée :

Pour rappel, Israël et le Hamas se sont livrés trois guerres dans l’enclave palestinienne depuis 2008, et observent depuis 2014 un cessez-le-feu tendu.

En résumé donc : deux lignes, « pour rappel », qui permettent au téléspectateur d’avoir un regard fort éclairé sur la situation… Deux lignes d’une platitude sans nom, qui ne disent rien, ou plutôt tout de la mal-information sur la situation dans les territoires palestiniens.

Mais le temps pressait : Macron revenait sans doute d’un énième et coquet voyage au Taj Mahal ou faisait une déclaration depuis le Touquet : pour cela oui, BFM peut passer l’antenne en « édition spéciale » ou donner « la priorité au direct »…

Pauline Perrenot

***

Post-scriptum : à propos des victimes palestiniennes du vendredi 6 avril et du journaliste Yasser Mourtaja.

Depuis que nous avons écrit ces lignes, et comme nous le rappelions en introduction à cet article, la manifestation du vendredi 6 avril a été réprimée dans le sang : les soldats israéliens ont assassiné dix Palestiniens et blessé par balles des centaines d’entre eux. Le samedi 7 avril, les médias français ont en particulier relayé, suite à une dépêche AFP, la mort de Yasser Mourtaja, journaliste tué par les soldats israéliens pendant qu’il couvrait la manifestation. Il travaillait pour l’agence Ain Media de Gaza. Nous noterons que dans un premier temps, cette dépêche a été relayée par de nombreux médias à l’instar d’Europe 1 sans plus de commentaire quant à l’assassinat d’un confrère dans l’exercice de son travail.

Si condamnation il y a eu, elle a été faite uniquement « par procuration » chez un bon nombre de médias français, par le relai du communiqué de Reporters sans frontières qui rapportait de nombreux autres journalistes blessés au cours des manifestations, appelait à une enquête indépendante et condamnait « les auteurs de ce crime contre la liberté de la presse ».

Nous reproduisons d’ailleurs ci-dessous un communiqué intersyndical paru le 9 avril (SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes) :

 

Gaza : un journaliste palestinien tué de sang-froid, la liberté de la presse visée au cœur

Notre confrère palestinien Yasser Mourtaja figure parmi les neuf Palestiniens tués vendredi à Gaza par les tirs à balle réelle de l’armée israélienne lors de la manifestation près de la barrière de sécurité. Yasser Mourtaja, un photographe âgé de 30 ans travaillant pour une société de production gazaouie, Ain Média, portait pourtant, au vu et au su de tous, un gilet « press ». Il a été atteint de plein fouet à l’abdomen. Il est décédé de ses blessures après avoir été hospitalisé.

Bien que l’armée israélienne soutienne dans un communiqué « ne pas viser intentionnellement les journalistes », la question reste posée : s’agit-il d’un tir délibéré visant les journalistes pour faire barrage à l’information de terrain ? Pour y répondre, les syndicats de journalistes français réclament l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de notre confrère Yasser.

Ces neuf morts vendredi font suite aux tirs de la semaine dernière qui avaient fait 19 tués civils palestiniens et des centaines de blessés. Un des bilans les plus meurtriers dans l’enclave depuis la guerre de 2014.

Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, membres de la Fédération internationale des journalistes (600 000 adhérents dans le monde), affirment leur solidarité avec leurs confrères palestiniens et leur syndicat. Ils leur adressent leurs condoléances émues après ce nouvel acte de répression des forces israéliennes.

Devant cette incessante vague de répression contre nos confrères, ils adressent aujourd’hui une lettre ouverte de protestation à l’ambassadrice d’Israël en France Mme Aliza Bin-Noun.

Madame l’ambassadrice,

Nous nous adressons à vous pour dénoncer un crime de sang-froid perpétré contre notre confrère palestinien Yasser Mourtaja tué par les tirs des snippers de votre armée alors qu’il portait un dossard PRESS bien visible. Ce jeune photographe couvrait la manifestation pacifique de vendredi à Gaza où 8 autres civils ont été tués.

Avec la Fédération internationale, nous dénonçons une fois encore les violences perpétrées par les autorités israéliennes contre les civils et journalistes palestiniens.

Nous vous demandons de transmettre à votre gouvernement nos protestations et qu’une enquête soit menée sur les circonstances de la mort de Yasser.

Nous exigeons que cesse l’impunité pour les auteurs de ces tirs meurtriers contre des journalistes et les victimes civiles.

Veuillez agréer, Madame l’Ambassadrice, nos salutations syndicales

Paris, le 9 avril 2018

SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l’auteur aurait pu tenir par ailleurs – et encore moins par ceux qu’il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l’auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 


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