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avril 21, 2018

Michael Miguères: «La Russie est devenue le miroir inversé de l’Occident»


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À l’heure de l’affaire Skripal, il est d’autant plus urgent de comprendre la Russie. Entretien avec Michael Miguères, auteur de Russie, l’autre voie de l’Occident, qui plaide pour une approche raisonnée des relations franco-russes.

Chaque semaine, nous parvenons à nous extraire de l’actualité immédiate pour évoquer un livre. Mais quelquefois, cette actualité nous rattrape. Et aujourd’hui, elle rattrape plus particulièrement Michael Miguères, qui vient de publier l’essai Russie, l’autre voie de l’occident (aux éditions Ramsay). Car l’affaire Skripal est l’humeur du jour.

L’essayiste @Migueres plaide pour un retour de la logique de puissance. #vendredilecture https://t.co/h8YHv1PcVx pic.twitter.com/EpUqfK90P5

Pour que tout soit clair, rappelons que le 4 mars dernier, Sergueï Skripal et sa fille ont été retrouvés inconscients aux abords d’un centre commercial de Salisbury. Empoisonnés au novitchok, un «agent innervant de qualité militaire produit par la Russie», selon les autorités britanniques, ils sont toujours dans un état critique. Skripal avait reçu l’asile au Royaume-Uni en 2010 après un échange d’agents de renseignements entre la Russie et les États-Unis.
Theresa May a voulu faire montre de fermeté. Écoutez-la, hier 14 mars à la Chambre des Communes:

​Le dirigeant de l’opposition britannique, Jeremy Corbin, a refusé d’appuyer Theresa May, qui est toutefois soutenue par ses alliés occidentaux. Emmanuel Macron a d’abord condamné une «attaque inacceptable» sans mentionner une éventuelle responsabilité de Moscou, avant de s’aligner sur le Royaume-Uni ce matin: Emmanuel Macron et Theresa May, selon l’Élysée, «se sont convenus de l’importance de l’unité européenne et transatlantique dans la réponse à cet événement». Il annoncera des mesures dans quelques jours.

Moscou a jugé les actions de Londres «irresponsables» et regrette ne pas avoir eu accès aux éléments de l’enquête pour prouver sa non-implication. Vassily Nebenzia, représentant la Russie au conseil de sécurité, a déclaré que l’ex-espion «ne représentait plus de menace» pour son pays. «À qui profite le crime», a-t-il ajouté, accusant la manœuvre politique à quelques semaines de la Coupe du monde de football. «Sans la fourniture de preuves irréfutables, nous n’avons pas à nous justifier», a asséné le diplomate russe, estimant que la présomption d’innocence était en l’espèce «supplantée par la présomption de culpabilité».

Abordons donc cette affaire, avant d’aborder plus largement les relations entre l’Occident et la Russie.

Réaction à chaud de Michael Miguères sur l’affaire Skripal

« […] De là à en faire un scandale international, je ne sais pas. Je n’ai pas les éléments que peuvent avoir les services de renseignements. J’aurais tendance à faire confiance à notre Président. Est-ce qu’il faut pour autant tout déballer médiatiquement, est-ce qu’il faut une escalade? Ou plutôt des négociations? J’ai l’impression que c’est une affaire qui concerne exclusivement les services de renseignement. En général, les gouvernements ne déballent pas tout, sauf quand ils y ont soit intérêt soit une volonté de le faire. Un meurtre est toujours malheureux, mais j’espère que nos dirigeants européens n’iront pas vers l’escalade, mais vers des négociations pour apaiser les tensions. L’enjeu c’est la paix.»

Minima moralia?

«Il ne faut pas juger la Russie de notre spectre de démocratie libérale, ouest-européenne ou américaine. La Russie est un pays avec une superficie énorme, immense, qui comporte des régions autonomes, un pays séculaire comme la Chine, qui n’a pas dans son histoire, hormis les dix années postsoviétiques, eu de fonctionnement démocratique très ancré —et en plus, ces dix années-là ont été un très mauvais souvenir.

C’est un pays autocratique qui ne peut pas fonctionner comme le nôtre: c’est un truisme de le dire, mais il ne faut pas attendre qu’il soit le même que le nôtre. Mais vous savez dans le monde, il y a beaucoup de théocraties, de monarchies, avec lesquelles on commerce, on négocie, avec lesquelles on a des accords, sans faire de moralisme sur leur fonctionnement intérieur. La compréhension de la Russie est une nécessité pour mieux comprendre les enjeux internationaux. Si on ne comprend pas la Russie, nous irons vers des conflits que l’art de la diplomatie pourrait éviter.»

​«La Russie a été tsariste, donc un régime assez autoritaire, et ensuite soviétique […] De toute façon, la Russie ne pourra jamais, malheureusement, être sur les mêmes standards que les nôtres: la Russie voudra toujours garder sa spécificité. La Russie est une nation multiethnique, qui a souvent des conflits à ses frontières, un pouvoir centralisateur très fort. »

Poutine, changement de ton?

«Au début de la présidence Poutine, il y avait une vraie volonté de se tourner vers l’Union européenne et les États-Unis. […] Malheureusement, la Russie s’est estimée lésée. Les diplomates le disent: “On nous avait dit qu’il fallait parler anglais, ouvrir nos frontières et tout irait mieux. Après les années 2000, on a fait le bilan des dix années, on s’est aperçus que ce n’était pas vraiment le cas!” On décrit [Vladimir Poutine] souvent comme hostile à l’Occident. On quand même la chance qu’il connaisse très bien l’Europe. Il est très fin amateur d’histoire, de philosophie. Il a travaillé comme agent actif, fonctionnaire du KGB dans un bâtiment est-allemand. Il connaît très bien nos structures, nos débats politiques, notre vie historique. C’est déjà un partenaire avec qui nous pouvons discuter. Malheureusement, à partir de 2005-2006, on a commencé à voir des fractures, il estimait que la Russie n’avait pas voix au chapitre, tant l’Allemagne que les États-Unis souhaitaient repousser la Russie au loin…»

Poutine éclairé par Dostoïevski?

«[Poutine] prend les hommes pour ce qu’ils sont. Vladimir Poutine, au tout début de son règne, en 2000, prend un pays dans lequel les hommes ne croyaient plus dans une certaine transcendance. Il a fait ce qui est inédit en Occident: rétablir un sens religieux et les traditions patriotiques d’un pays (…)»

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.


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