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avril 23, 2018

Cambodge: 1,5 million de morts suite à l’agression orchestrée par l’Occident et à la tromperie médiatique


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Au plus profond de la campagne cambodgienne, les champs de mines existent toujours. (Photo: André Vltchek)

J’ai déjà beaucoup écrit sur le Cambodge, mais à chaque fois que je retourne dans ce pays ancien et meurtri, je suis tellement outré par le cynisme auquel je dois faire face là-bas, à chaque coin de rue, que je dois recommencer à écrire sur ces questions essentielles que je couvre déjà depuis des décennies.

Une question me revient toujours à l’esprit:

« Comment une nation qui a tant souffert, perdant des centaines de milliers, peut-être des millions de ses fils et filles (le chiffre officiel est de 1,7 million), peut-elle accepter un récit totalement manipulé, fabriqué à Washington, Londres, Paris et autres capitales occidentales? Et pas seulement « accepter » – le Cambodge profite en fait grandement d’avoir aidé à répandre la propagande anti-communiste au vitriol au nom de ses manipulateurs létaux.

Dans toutes les librairies du pays, le récit officiel de la propagande occidentale (du style « les Khmers rouges les ont tous tués ») est diffusé et en vente: des biographies de Pol Pot, des récits horribles des soi-disant « Killing Fields », des chambres de torture de l’ancien lycée « S-21 » à Phnom Penh, ainsi que d’innombrables témoignages détaillés des victimes.

J’ai demandé à la propriétaire d’une librairie à Siem Reap:

« Qu’en est-il des quelques livres sur les atrocités commises par l’Occident? En avez-vous quelques-uns sur les bombardements de la campagne cambodgienne par les États-Unis, qui ont tué à eux seuls plusieurs centaines de milliers de personnes?

« Moi, pas avoir, » répondit-elle, d’un air de défi.

« Avez-vous des livres sur la façon dont des millions de Cambodgiens ont été déplacés par les bombardements massifs des États-Unis et de leurs alliés; comment ils ont été forcés de fuir à cause des bombes et des explosifs de toute sorte? Rien sur ces gens qui sont morts de faim?

« Pas avoir, » fut la réponse.

« Pourquoi pas? » Demandai-je poliment.

« Je ne sais pas », a-t-elle répondu, clairement ennuyée.

Dehors, mon chauffeur local était prêt à offrir ses services, m’emmenant à la recherche des champs de mines. Il pensait que j’étais européen. « Mines chinoises, mines russes… » Il prit une longue respiration, fit une pause dramatique, et expira: « Khmer Rouge pas bon. »

Au lieu de me lancer dans un débat historique, j’ai simplement demandé: « Cette ville – Siem Reap – compte 230,000 habitants. Est-ce qu’elle produit quelque chose? »

Le conducteur a hésité pendant un moment:

« Pourquoi devrions-nous produire quelque chose? Il est moins cher d’importer des marchandises en provenance de Thaïlande, de Chine et du Vietnam. Sinon, il y a de l’agriculture en dehors de la ville … « 

Il avait raison. J’ai vérifié plusieurs sources. Même Wikipedia décrit la situation en termes non équivoques:

« Économie: Le tourisme est un aspect très important de l’économie de Siem Reap – on estimait en 2010 que plus de 50% des emplois dans la ville étaient liés à l’industrie du tourisme … Un grand nombre d’ONG et d’autres organisations à but non lucratif sont installées autour de Siem Reap, et elles jouent un rôle vital dans l’économie, tout en aidant à le développer pour l’avenir. Des milliers d’expatriés ont faits de cette ville leur foyer et ils ont aussi un impact significatif sur l’économie… »

Siem Reap dépend entièrement des Occidentaux; des millions de touristes qui visitent Angkor à proximité, mais aussi des « experts » qui viennent ici pour dire aux habitants comment gérer leurs communautés, comment penser et comment percevoir leur propre présent et passé.

Le pays entier dépend des dons, et ceci sans vergogne. La plupart de ses enseignants, journalistes et artistes produisent ce qu’on leur dit de produire, disent ce qu’ils sont censés dire. La majorité d’entre eux ont déjà perdu la capacité de se faire leur propre opinion.

Ce que je n’ai pas dit à mon chauffeur, c’est que j’avais déjà parcouru presque tout le pays, pendant plus de 20 ans, en visitant tous ses coins, en parlant aux victimes, aux anciens soldats khmers rouges, et même aux gardes personnels de Pol Pot. J’ai parcouru les champs de mines près du Vietnam, ainsi qu’à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, au temple de Preah Vihear, perché sur la montagne et encore disputé aujourd’hui. Au Cambodge, comme au Rwanda, je voulais comprendre comment est né le récit occidental, comment il a été fabriqué, comment il s’alimente et enfin comment il domine, en réussissant à s’imposer dans le cerveau des gens du monde entier.

Alors qu’en 2014, je visitais un bastion de l’ancien commandant Ta Mok (ex-bras droit de Pol Pot, qui a plus tard divisé le mouvement Khmer Rouge) au fond d’une jungle, un de mes amis – un grand avocat international, Christopher Black – a contribué à mon rapport, confirmant essentiellement ce que de nombreuses victimes au Cambodge m’avaient déjà dit:

« Les procès pour crimes de guerre soutenus par les Nations Unies contre des dirigeants khmers rouges sont des procès qui visent à diaboliser une fois de plus les communistes et à les prendre comme bouc-émissaires pour les millions de Cambodgiens tués par les bombardements américains au Cambodge. Ce dont le monde a besoin, ce sont les procès pour crimes de guerre des dirigeants et des officiers supérieurs américains pour les bombardements massifs du Vietnam, du Laos et du Cambodge (Nous avions le Tribunal de Bertrand Russell pour les crimes de guerre dans les années 70, mais il ne pouvait pas faire appliquer ses jugements). »

San Reoung, un ancien agent de sécurité personnel de M. Ta Mok, a confirmé que toute cette propagande sur les « massacres communistes » commis par les Khmers rouges était un non-sens absolu:

« Cela n’avait vraiment rien à voir avec l’idéologie… Nous n’en savions pas grand-chose. Personnellement, j’étais très en colère contre les Américains. Je suis devenu soldat à l’âge de 17 ans. Et mes amis étaient furieux eux aussi. Ils ont rejoint les Khmers rouges pour combattre les Américains, et en particulier la corruption de leur dictateur fantoche de Phnom Penh, Lon Nol. »

Ces tueries ont-elles eu lieu? Des gens sont-ils morts pendant le règne des Khmers rouges? Bien sûr que oui! Mais les proportions étaient totalement différentes: beaucoup d’autres sont morts à cause des bombardements et de la famine qui ont suivi le déplacement des paysans. Dans la zone des champs de la mort (killing fields), environ 20,000 restes de cadavres humains ont été trouvés. C’est beaucoup; c’est vraiment terrible. Mais on nous a affirmé que 1,7 million de Cambodgiens sont morts. Les chiffres ne correspondent pas en quelque sorte. Les B-52 étaient clairement incomparablement plus meurtriers que les crosses de fusils des Khmers rouges.

Après presque un quart de siècle, je suis convaincu que depuis que j’ai commencé à écrire sur le Cambodge, le public mondial est complètement et irréversiblement endoctriné par des clichés et des demi-vérités provenant des médias occidentaux et des universités.

Il est temps de revenir sur quelques faits et témoignages que j’ai recueillis dans le passé. Certains d’entre eux sont déjà inclus dans mon livre « Exposing Lies of the Empire ».

Après l’une de mes visites à la fameuse prison/musée « S-21 », j’ai écrit:

« Après que le Vietnam ait chassé les Khmers rouges de Phnom Penh à la fin de 1978, ce centre de torture a été transformé en « musée du génocide » par les Vietnamiens et les Allemands de l’Est qui utilisaient leur expérience acquise lors de la création du musée d’Auschwitz en Pologne. Ils ont gardé intactes les cellules d’interrogation (à l’origine des salles de classe), avec des sols ensanglantés, des chaînes ainsi que des machines primitives pour les chocs électriques. Des milliers de photographies en noir et blanc des détenus regardent étrangement les visiteurs, leurs yeux exprimant l’horreur et la résignation.

Certaines des images les plus terrifiantes sont celles de Vann Nath, peintre et ancien prisonnier de S-21, l’un des très rares détenus à avoir réussi à survivre grâce à son talent et sa capacité à dessiner des portraits élogieux de Pol Pot et des fonctionnaires en charge du centre d’interrogatoire. Après l’invasion vietnamienne, Vann Nath a peint des tableaux de ses souvenirs les plus terrifiants; une mosaïque dépeignant la barbarie et la brutalité insensée des interrogateurs – une mère dont le bébé est assassiné sous ses yeux, un homme dont les ongles sont extraits par des pinces, une femme qui se fait couper le mamelon.

Mais même Van Nath, lors d’une conversation que nous avons eue il y a près de dix ans, affirmait que les Khmers rouges avaient tué environ 200 000 personnes durant leur règne, un chiffre qu’il utilise également dans son livre « Un portrait cambodgien de la prison S-21 « (édité par « White Lotus Press »). Et parmi les survivants khmers, il y a un consensus comme quoi la majorité des gens sont morts non pas à cause de l’idéologie communiste ni à cause d’ordres directs de Phnom Penh d’exterminer des millions de personnes, mais à cause de la vengeance personnelle d’officiers et de cadres locaux contre les citadins déportés et les « élites » à qui ils reprochaient à la fois le bombardement sauvage américain du passé et le soutien à la dictature pro-occidentale corrompue et sauvage de Lon Nol. »

Cela fait plus de 20 ans que je me suis assis avec M. Vann Nath et que nous avons eu une série de discussions longues et franches.

J’ai parlé à beaucoup de gens au Cambodge, des paysans les plus pauvres à l’épouse du premier ministre Hun Sen, à l’intérieur du Palais Royal de Phnom Penh.

Les témoignages qui m’ont convaincu que le récit officiel était totalement erroné ne provenaient pas exclusivement du peuple cambodgien, tant des victimes que des auteurs. À un moment donné, j’ai réalisé que ce récit officiel avait été conçu seulement pour le grand public: même les idéologues occidentaux eux-mêmes n’y croient pas. En 2006, par exemple, j’ai passé toute une soirée à discuter de la question avec un haut fonctionnaire de l’UE, lors de sa longue visite de travail à Phnom Penh. Il ne voulait pas être identifié (si son nom devait apparaître sous de telles déclarations, affirmait-il, cela signifierait la fin de sa carrière), mais il m’a demandé d’utiliser son témoignage anonymement:

« Les Khmers rouges tuant plus d’un million de Cambodgiens? Impossible! Ils n’avaient pas la capacité de tuer autant de gens. Bien sûr, entre un et deux millions de personnes sont mortes entre 1969 et 1978, mais ce nombre comprend les 500,000 ou plus qui ont été massacrés par les bombardements américains avant que les Khmers rouges ne prennent le pouvoir… Ensuite, la plupart des gens sont morts de faim et de maladies. De plus, ces terribles massacres n’ont pas eu lieu à cause de l’idéologie communiste des Khmers rouges. Cela n’a jamais atteint ce niveau. Les bombardements massifs américains et la dictature brutale de Lon Nol, entièrement sponsorisés par l’Occident, ont opposé les populations locales. Les meurtres ont été accomplis par vengeance et non pas sur des bases idéologiques. Les paysans sont devenus fous à cause des bombardements massifs des B-52. Beaucoup ont été torturés, massacrés et ont disparu pendant le règne de Lon Nol. Les gens du pays détestaient les citadins, les blâmant pour tous les malheurs et les horreurs qu’ils devaient endurer, ainsi que pour leur collaboration avec les étrangers. Et la plupart des soldats et des cadres khmers rouges étaient originaires de la campagne. »

Après que le Vietnam ait libéré le Cambodge des Khmers rouges, l’Occident, en particulier les États-Unis, ont continué à soutenir Pol Pot et sa clique, exigeant aux Nations Unies le « retour immédiat du gouvernement légitime ».

L’Occident était prêt à faire n’importe quoi pour empêcher le Vietnam communiste et pro-soviétique de devenir une véritable puissance régionale. Les États-Unis ont soutenu sans scrupules un gouvernement impitoyable, corrompu et fasciste à Phnom Penh; ils ont assassiné des centaines de milliers de paysans cambodgiens avec leurs bombardements massifs et brutaux, et ont même soutenu l’armée khmère rouge alors qu’elle était en pleine déroute… Ils auraient fait beaucoup plus si cela avait été nécessaire; ils auraient fait n’importe quoi pour empêcher la vraie gauche asiatique de prendre le pouvoir! « Si nécessaire », ils auraient organisé le massacre de millions d’autres gens, comme ils l’avaient déjà fait en Indonésie, après le coup d’Etat de 1965.

À la suite de cette politique, au moins 1,5 million de Cambodgiens sont morts. Non pas à cause d’un « génocide communiste » imaginaire, mais à cause de la politique de terreur que l’Occident avait mise en œuvre partout – une politique visant à empêcher les mouvements communistes de gagner des élections et des révolutions; une politique qui a déjà tué des dizaines de millions de personnes dans le monde entier, particulièrement en Asie et en Amérique latine.

Maintenant, le travail principal (et très bien rémunéré) des intellectuels cambodgiens, ainsi que des éditeurs de livres, des libraires, des enseignants, des journalistes et des guides touristiques, est de confirmer le récit officiel occidental sur le passé de leur pays.

Promouvoir l’interprétation du « génocide des Khmers rouges » par Washington est un business formidable, et exposer le vrai génocide commis par les États-Unis et leurs alliés ici et partout en Asie du Sud-est et du Nord est absolument inutile car cela pourrait facilement ruiner des vies et des carrières, rendre une personne inemployable, ou pire.

Le tourisme de masse amène des millions d’individus déjà instruits et endoctrinés, prêts à raconter des histoires captivantes et faire des selfies de génocide. Au Cambodge, ils rencontrent des milliers de « guides » volontaires qui fournissent, si on les paye, d’autres détails morbides et des histoires pré-approuvées.

Comme ça, rien ne changera jamais.

La vérité peut être trouvée loin des monuments et des musées; elle se cache dans la jungle, dans d’humbles villages situés dans tout le pays, notamment près de la frontière avec le Vietnam.

Là, les gens savent, ils se souviennent et sont prêts à parler. Mais il semble que personne, à l’heure actuelle, ne veuille les écouter.

Par Andre Vltchek

Andre Vltchek est un philosophe, romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des dizaines de pays. Il est l’auteur de nombreux livres dont « Exposing Lies of the Empire » qui dénonce les mensonges des Etats-Unis. Vltchek réside actuellement en Asie de l’Est et au Moyen-Orient et continue de travailler dans le monde entier. Il peut être contacté via son site web et son Twitter.

La version originale en anglais: Journal-neo.org

Traduit par La gazette du citoyen


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