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février 24, 2018

Le mauvais usage de Trump des renseignements sur l’Iran, par Paul R. Pillar


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Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 16-12-2017

Cédant aux désirs israélo-saoudiens, l’administration Trump abuse du processus de renseignement américain pour attiser la fièvre guerrière contre l’Iran, tout comme George W. Bush l’a fait en Irak, rapporte Paul R. Pillar, analyste de la CIA.

L’épisode le plus largement retenu d’une administration américaine dans lequel il se servait d’une présentation publique fondée sur le renseignement pour attiser l’hostilité à l’égard d’un pays avec lequel il avait l’intention de se battre fut l’exposé de M. Colin Powell sur l’Irak au Conseil de sécurité des Nations Unies en février 2003 .

Nikki Haley, Représentante Permanente des États-Unis à l’ONU (UN Photo)

Cette présentation et la campagne d’une année de l’administration Bush, dont le discours de Powell faisait partie, pour vendre l’invasion américaine de l’Irak représentaient un détournement du renseignement – moins à cause de la substance que de la nature intégrale et du but de l’exercice. Au lieu d’utiliser le renseignement pour informer correctement les décisions politiques à prendre, cette campagne était plutôt une utilisation sélective et tendancieuse des services de renseignements pour vendre une décision déjà prise.

Il y a eu d’importantes fausses déclarations, bien sûr. La partie du discours sur les liens terroristes était destinée à susciter une croyance au sujet d’alliances supposées qui contredisait les jugements des services de renseignements américains.

Mais même si l’ensemble du discours sur les armes de destruction massive a été validé, le discours a omis les questions les plus essentielles à propos de la politique américaine envers l’Irak. Ces questions comprenaient ce qui justifierait le lancement par les États-Unis d’une grande guerre d’agression, et quel serait le gâchis et les répercussions en Irak et dans la région après le renversement de Saddam Hussein, armes de destruction massive ou pas .

Maintenant Nikki Haley a fourni la réplique la plus proche du célèbre « montrer et raconter » de 2003. Elle a brandi de manière tendancieuse et sélective des éléments, y compris physiques, des renseignements pour attiser l’hostilité envers l’Iran, avec laquelle l’administration Trump semble déterminé à se battre.

La pièce principale comprenait des restes d’un missile tiré du Yémen en direction de Riyad, en Arabie Saoudite.

Haley et l’administration Trump sont allés au-delà de Powell et de l’administration Bush en entraînant les agences de renseignement américaines dans leur campagne de promotion d’hostilités.

Pour le discours de Powell, l’imprimatur de la communauté du renseignement était symbolisé par le directeur du renseignement central, George Tenet, assis dans le cadre de la caméra juste derrière Powell. Même si Haley est l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, une telle image dans la salle du Conseil de sécurité n’était évidemment pas suffisante. Au lieu de cela, elle a fait son « montrer et raconter » à l’Agence de Renseignement de la Défense à Washington. Et plutôt qu’une petite fiole que Powell utilisait comme accessoire pour parler d’une arme biologique, elle a montré un entrepôt plein de matériel détruit, y compris les restes de missiles.

Distorsion de la réalité

Tout comme en 2003, le spectacle a raté les questions fondamentales impliquées dans le chaos du Moyen-Orient. Le missile tiré à Riyad était une riposte plutôt faible et inefficace en réponse au continuel assaut aérien sur le Yémen par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui a transformé une guerre civile déclenchée par le mécontentement tribal en l’une des plus grandes catastrophes humanitaires du monde.

Selon les Nations Unies et d’autres sources, plus de 5 000 civils ont été tués, ainsi que des milliers de blessés ou d’autres morts comme les conséquences relatives à une épidémie de choléra qui a fait des milliers de victimes. La guerre aérienne menée par les Saoudiens est clairement la plus grande source du carnage.

Les États-Unis soutiennent cette guerre aérienne. La nature exacte et l’étendue de l’assistance ne sont pas claires, mais ce qui est publiquement reconnu comprend la fourniture par les États-Unis d’informations sur le ciblage et le ravitaillement des avions de combat saoudiens. L’administration Trump aurait envisagé d’augmenter l’assistance militaire à l’Arabie saoudite, y compris la reprise possible des cargaisons de missiles guidés que l’administration Obama avait suspendues en raison du ciblage aveugle des civils par l’Arabie saoudite.

C’est une politique à la fois malavisée et moralement choquante de la part d’Haley d’essayer de concentrer son attention sur les marques liées à l’Iran sur un fragment de missile alors que son propre gouvernement encourage beaucoup plus de souffrances et de destructions dans la même guerre dont ce missile fait partie intégrante.

Le jour même où Haley présentait des munitions liées à l’Iran, on apprit que l’une des dernières attaques aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite a détruit une prison dans la capitale Sanaa et tué au moins 30 personnes, dont la plupart étaient des détenus. Et ce jour où Haley a attiré l’attention sur son entrepôt plein d’armes qui, selon ses mots, « comprennent des parties fabriquées en Iran, certaines par l’industrie de défense gouvernementale iranienne », des rapports ont émergé sur le nombre d’armes fournies par les américains et saoudiens qui ont fini entre les mains de l’État islamique (ISIS). Il est évident qu’un marquage d’usine sur une munition est censé constituer un cas de condamnation du pays de fabrication lorsque l’Iran est impliqué, mais pas quand un autre état l’est aussi, ou du moins quand les États-Unis ou l’Arabie Saoudite sont aussi impliqués.

Les remarques de Haley durant son « montrer et raconter » n’ont rien expliqué sur la façon dont les munitions exposées autour d’elle démontrent quoi que ce soit sur les politiques iraniennes ou les facteurs de conflit et d’instabilité au Moyen-Orient, et encore moins sur les implications pour la politique américaine. L’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis avaient remis le matériel, et les responsables américains ne voulaient pas ou ne pouvaient pas dire où une grande partie avait été récupérée. Ils ne pouvaient pas non plus dire quand les armes avaient été fournies ou quand elles avaient été utilisées. Utiliser ces détritus militaires comme base pour conclure que l’Iran contribue ou non à la violence au Moyen-Orient n’a guère plus de sens que de tenir Mikhail Kalashnikov responsable de toutes les attaques dans lesquelles les AK-47 ont été utilisés.

Les main sales américaines

Les responsables des États-Unis – premier exportateur mondial d’armes – devraient être particulièrement prudents en suggérant que les marquages d’usine sur les munitions correspondent aux preuves de la politique étrangère d’un pays, étant donné que les armes d’origine américaine ont été utilisées par l’EI.

Le secrétaire d’État, Colin Powell, s’adressant aux Nations Unies le 5 février 2003, citant des photos prises par satellite qui auraient prouvé que l’Irak avait des armes de destruction massive, mais les preuves se sont révélées fausses.

Les commentaires de Haley étaient plus parlants sur la nature de ce que l’administration Trump essaie de faire avec de tels démonstrations. Elle a parlé de « grands efforts » pour déclassifier les « preuves » et a déclaré : « Comme vous le savez, nous ne déclassons pas souvent ce type d’équipement militaire récupéré de ces attaques. »

C’est vrai, nous ne le faisons pas. Et le fait que l’administration remette en cause les procédures normales en faveur de la campagne publique de sensibilisation à l’hostilité montre à quel point tout cela est loin d’être une utilisation saine et appropriée des services de renseignement.

Haley a grossièrement dénaturé un nouveau rapport des Nations Unies sur l’application de la résolution 2231 du Conseil de sécurité, qui est l’approbation officielle par la communauté internationale du Plan d’Action Global Commun (JCPOA), l’accord qui restreint le programme nucléaire iranien. Elle a donné l’impression qu’il y avait un soutien international de fait pour son message « blâmant l’Iran pour tout », disant : « Dans sa plus forte expression, le rapport du Secrétaire général décrit violation après violation des transferts d’armes et des activités de missiles balistiques. »

Haley sait bien que les seules obligations que l’Iran a contractées tant dans le cadre du JCPOA que dans la résolution des États-Unis qui ont approuvé l’accord concernent les activités nucléaires. La référence à la Résolution 2231 aux missiles a été intentionnellement et soigneusement formulée comme un « appel » qui n’implique aucune obligation supplémentaire.

Le rapport du Secrétaire général, comme la plupart de ces documents, est plus une compilation de rapports et d’affirmations de la part des pays membres que l’aboutissement d’une conclusion grandiose. Un comité de surveillance américain a enquêté sur les tirs de missiles par les forces Houthi au Yémen au début de l’année et a exprimé son agnosticisme quant à qui était impliqué dans la fourniture des armes, même si elles semblaient être de conception et de fabrication iraniennes.

Les observateurs ont également déclaré qu’ils n’avaient vu aucune preuve d’autre chose qu’Haley avait suggéré, à savoir une présence de spécialistes des missiles iraniens au Yémen. Dans le cadre du contrôle international qui compte le plus dans l’évaluation du respect par l’Iran de ses obligations, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique continue de certifier que l’Iran respecte ses engagements nucléaires dans le cadre du Plan d’action.

Le secrétaire général des États-Unis, Antonio Guterres, qui a dû faire la grimace en voyant les remarques de Haley, a parlé des mêmes sujets le jour de la présentation de Haley. Guterres a répété son approbation du JCPOA comme « le meilleur moyen » de s’assurer que le programme nucléaire iranien reste pacifique, tout en exprimant sa préoccupation quant à la manière dont le refus du Président Trump de délivrer la certification au Congrès en octobre avait créé une « grande incertitude » quant à l’avenir de l’accord.

Les tactiques alarmistes représentaient une importante partie de la campagne de l’administration Bush pour vendre sa guerre, en brandissant des objets comme des fioles que l’on nous a dit d’imaginer pouvoir être remplies de spores de l’anthrax. Haley est allée intégralement dans le même mode quand elle a dit au sujet du missile qui a frappé près de l’aéroport de Riyad, « Imaginez si ce missile avait été lancé sur l’aéroport de Dulles ou JFK, ou les aéroports de Paris, Londres ou Berlin. C’est ce dont nous parlons ici. C’est ce que l’Iran soutient activement. »

Non, l’Iran ne soutient pas du tout cela. Il n’y a aucune preuve d’un quelconque mouvement iranien vers l’obtention d’une arme à portée intercontinentale. Il n’y a aucune preuve que le développement militaire iranien et l’approvisionnement poursuivent quelque chose d’autre que de répondre à ce que l’Iran considère comme des menaces et des rivaux dans sa propre région.

Les chefs de l’armée iranienne et du Corps des gardiens de la révolution ont parlé publiquement de 2000 kilomètres, ce qui est suffisant pour que les armes iraniennes puissent répondre à ce besoin. Une telle gamme n’est pas seulement un discours et est compatible avec la logique stratégique plus large de la posture de défense de l’Iran.

C’est une perte de temps et d’attention non seulement pour l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, mais aussi pour tous les agents du renseignement qui ont participé à l’organisation de cette exposition à la DIA, faisant un battage sur une menace intercontinentale imaginaire alors que les États-Unis font face à une menace réelle de la part de la Corée du Nord.

Nous ne savons toujours pas exactement où Trump, Haley ou qui que ce soit d’autre dans l’administration actuelle veulent ou espèrent aller dans leur campagne pour attiser la tension maximale et l’hostilité envers l’Iran. Mais de plus en plus leur campagne résonne énormément comme ce que l’administration Bush et les néoconservateurs disaient à propos de l’Irak en 2002 et 2003. Ajoutez aux autres similitudes une perversion de la relation entre la politique et le renseignement.

Paul R. Pillar, au cours de ses 28 années à la Central Intelligence Agency, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 16-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


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