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janvier 19, 2018

Sous-estimation du nombre de victimes civiles, 
par Paul R. Pillar


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Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 19-11-2017

Pendant la « guerre contre la terreur », le gouvernement américain a sous-évalué le nombre déclaré de civils tués (ce qui est bien utile pour préserver une perception positive de la guerre de la part de leurs concitoyens). Mais un nouveau rapport révèle la vérité, déclare un ancien analyste de la CIA, Paul R.Pillar.

Toute personne désireuse de réfléchir de manière approfondie et critique à l’usage de la force armée contre une cible telle que l’État Islamique (EI) ferait bien de lire l’article particulièrement fouillé du New York Times par le journaliste d’investigation Azmat Khan et le professeur Anand Gopal, en Arizona, à propos des pertes civiles causées par la campagne aérienne de la coalition menée en Irak. Les conclusions principales sont que ces pertes sont largement supérieures à ce que l’armée américaine a reconnu jusqu’à présent.

Un drone Predator tirant un missile.

Ce décalage est suspecté depuis quelques temps déjà, si on se base sur le travail initial mené par des organismes privés qui fouillent les articles de presse et les autres informations publiquement disponibles sur le terrain. Khan et Gopal sont allés au delà de ce travail en sélectionnant trois zones tests dans la province du Nineveh dans lesquels ils ont mené une enquête exhaustive, en interviewant des centaines de locaux et en passant en revue les décombres de bâtiments bombardés. Ils ont comparé ces preuves directes, incident après incident, avec ce qu’a dit l’autorité militaire responsable dans ses archives à propos des frappes aériennes qui avaient été menées dans la zone et leurs résultats.

Les auteurs de l’article ont eu accès au centre d’opérations de la base aérienne américaine basée au Qatar qui a dirigé la guerre aérienne, et leur article inclut la version de l’armée américaine sur ce sujet, avec une description des procédures utilisées pour sélectionner les cibles et évaluer les dommages, ce qui inclut les victimes civiles. L’impression qu’il en subsiste n’est pas celle d’une manipulation volontaire ou de malfaisance. Plutôt, le problème est partiellement celui du manque de temps et de personnel pour permettre ce genre d’enquête détaillée sur le terrain pour chaque cible comme ont pu le faire Khan et Gopal avec leur « échantillon ».

C’est en partie un problème de travail d’archivage déficient. Mais plus largement, c’est l’opacité qui accompagne ce type de guerre qui rend presque inévitable ce terrible manque d’informations et ces données incomplètes. Bien que certaines de ces pertes civiles représentent un dommage collatéral dans le sens où ces gens se trouvaient à proximité de cibles authentiques, d’autres ont été victimes d’erreurs de la part des militaires, qui ont pris pour cible des lieux sans lien avec l’EI.

Les conditions dans lesquelles vivent les civils sous le joug de l’EI ont également joué à l’encontre d’une analyse précise par les militaires de cibles potentielles, analyse qui reposait largement sur l’observation aérienne. L’observation de personnes entrant et sortant de bâtiments dans ce qui semblait être une routine journalière était considérée comme un signe qu’il s’agissait d’un bâtiment civil, ou bien qu’il y avait trop de personnes innocentes à proximité pour pouvoir le frapper.

A l’inverse, l’absence d’une activité d’apparence innocente pouvait être prise comme une confirmation des soupçons sur d’éventuelles opérations de l’EI se déroulant à l’intérieur. Mais au sein du califat auto-proclamé de l’EI, beaucoup de personnes qui auraient circulé librement en temps normal avaient plutôt tendance à rester chez elles. Dans les faits, elles avaient le choix entre s’exposer aux aléas et à la brutalité de l’EI, ou à jeter la suspicion au yeux des militaires américains basés au Qatar que leur foyer avait quelque chose à voir avec l’EI.

Khan et Gopal sont incapables d’extrapoler à partir de leurs données, qui ne représentent qu’un échantillon, un nombre global de civils innocents tués et blessés dans cette guerre aérienne. Ils notent toutefois que la concentration des victimes civiles risque d’être encore plus élevée dans certaines régions, comme dans la partie occidentale de Mossoul, où l’EI a résisté plus longtemps aux bombardements de la coalition que dans les zones où les auteurs ont enquêté.

Valeurs et Moralité

Ces résultats fournissent des éléments de réflexion inquiétants à au moins trois égards. L’un concerne les valeurs et la moralité impliquées dans une opération militaire américaine dans laquelle tant d’innocents souffrent. Les visages humains que Khan et Gopal attachent à certains des cas spécifiques de souffrance qu’ils ont étudiés soulignent l’immoralité intrinsèque de ce qui s’est produit.

Un pilote de la Force aérienne C-17 Globemaster III mène des opérations de transport aérien de combat pour les forces américaines et de la coalition en Syrie

Une seconde concerne les aspects contre-productifs d’une offensive censée être une lutte contre le terrorisme. La question de Donald Rumsfeld – créons-nous plus de terroristes que nous n’en tuons ? – est toujours très pertinente. Le ressentiment évident contre les États-Unis résultant de l’aviation américaine qui tue et blesse des personnes innocentes ou qui détruit leurs maisons, tend à créer plus de terroristes. Au minimum, cela nourrit le genre de sentiment que les terroristes exploitent et qui leur gagne du soutien.

Une troisième implication concerne la capacité du public et de la classe politique américains à évaluer de manière adéquate ce qui se passe dans une campagne militaire de ce type. Le plus gros problème, comme toujours, est le refus de prêter attention aux informations à notre disposition.

Mais dans ce cas précis, il y a le problème supplémentaire de l’information bidon. Khan et Gopal écrivent que l’énorme disparité entre les chiffres officiels et les chiffres réels probables des victimes civiles signifie que cette offensive aérienne « est peut être la guerre la moins transparente dans l’histoire américaine récente ».

Des décisions politiques importantes sont à prendre quant à la poursuite du rôle militaire américain, s’il doit y en avoir un, dans les zones où se trouvait autrefois le califat de l’EI. Les pertes civiles, et l’importance d’avoir une idée précise de l’ampleur des pertes que causent nos propres forces, doivent faire partie de tout débat sur ces décisions. Mais les leçons de la guerre aérienne anti-EI s’appliquent probablement au moins autant aux autres États et régions où les États-Unis ont assumé le rôle de gendarme aérien, utilisant des moyens humains ou non, contre des groupes tels que Daech ou al-Qaïda.

On pense notamment à l’Afghanistan et au Pakistan, mais en l’absence d’une limitation géographique définie par le Congrès pour un tel usage de la force, il n’y a potentiellement pas de limite aux bombardements aériens par les États-Unis et où, étant donné les difficultés intrinsèques de ciblage précis contre des adversaires aussi dissimulés, plus de civils innocents mourront. C’est l’un des côtés sombres et persistant d’une « guerre contre le terrorisme » qui a été militarisée est l’un des côtés sombres et persistants d’une « guerre contre le terrorisme » qui a été militarisée dans la mesure où cette métaphore mal choisie l’implique.

Paul R. Pillar pendant ses 28 ans de carrière à la CIA, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 19-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


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