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D’olympiques jeux de dupes


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Antipresse  N° 106 | 10.12.2017

Par Fernand Le Pic

Quand une compétition a pour but de faire toujours «plus vite, plus haut, plus fort», faut-il s’émouvoir du dopage ou changer la devise? Si dopés il y a, ne parlent-ils que le russe? Et pourquoi engage-t-on des sous-traitants de la CIA pour défendre la moralité du sport?

De nouveau la Russie fait la une, accusée d’avoir établi un «dopage d’État», notamment durant les Jeux de Sotchi. La recette est bien rodée. A ma droite les anti-Poutine, tenant du titre, qui n’ont aucun mal à faire passer la Russie pour une réincarnation terrifiante de l’URSS; à ma gauche, les challengers, les pro-poutine, à qui on ne la fait pas, criant au complot perpétuel antirusse. Au milieu, on retrouve un Monsieur loyal joué en duo par le Comité International Olympique (CIO) et l’Agence Mondiale Antidopage (AMA).

Petit rappel des origines

Qu’il y ait du dopage, plus de 120 ans après les premiers jeux olympiques modernes, quoi de plus normal, finalement, lorsque la devise du CIO appelle toujours au «plus vite, plus haut et plus fort» (citius, altius, fortius)? Certes, mais les limites de la performance sportive sont celles du corps humain, et celles-ci semblent atteintes dans bien des cas. Les 44 km/h du Jamaïcain Usain Bolt sur 100 mètres, en 2009, seront difficiles à dépasser. La première question est donc de savoir si le temps d’amender cette devise n’est pas venu. Oui mais par quoi? Vous imaginez un «Pas si vite, ni si haut et moins fort s’il vous plaît»? Pas très motivant. Et d’ailleurs, pas sûr que les sponsors apprécieraient beaucoup…

Prenez Nike par exemple, la marque la plus médaillée des JO de Rio (2016) en athlétisme: 89 médailles conquises en direct devant 5 milliards de clients et futurs clients (réseaux sociaux compris). Pas évident qu’elle laisse le CIO renoncer si facilement à son ADN du hors limites. Ou alors, ces marques ne tarderaient pas à prendre le contrôle direct des bureaux du château de Vidy, à l’image des ligues professionnelles américaines, de type NHL, qui n’ont que faire du CIO.

C’est le père dominicain Henri Didon qui inventa cette devise. Passionné de sport (et de politique), il avait participé à des jeux olympiques locaux, qui se tenaient depuis 1832 près de Grenoble, bien avant que son futur ami, Pierre de Coubertin, n’eût l’idée de les rétablir 62 ans plus tard. On parlait à l’époque de sortir les jeunes de leur paresse naturelle par le sport, de vertus éducatives et de prouesses exaltant «l’activité musculaire» et «l’émulation générale». «Le sport, c’est la liberté de l’excès» disait Coubertin. Il y voyait en outre la meilleure préparation à la guerre: «Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre: insouciance, belle humeur, accoutumance a l’imprévu, notion exacte de l’effort à faire sans dépenser des forces inutiles» (in L’idée olympique, Carl-Diem Institut, Köln, 1966).

Dépassement des limites, préparation militaire: le dopage ne serait-il pas «immergé au plus profond» [1] des principes de l’olympisme moderne et dès lors admissible par principe, tant qu’il ne nuit pas à la santé du sportif?

Dans ce cas, n’y aurait-il que la Russie à pratiquer le dopage? Et si non, pourquoi serait-elle la seule à subir la vindicte? Avant que les affaires de Sotchi n’éclatent, aboutissant au bannissement que l’on sait, au moins pour les prochains jeux d’hiver de Pyeongchang en Corée du Sud, la gloire de ces mêmes jeux de Sotchi avait été déjà obscurcie par les soulèvements de Maidan en Ukraine. Or, ce coup d’État fut, comme on le sait, entièrement orchestré par les États-Unis et l’Union Européenne. L’hégémonisme occidental ne connaît pas la trêve olympique!

Pour autant, les statistiques antérieures au dopage de Sotchi démontrent que les États-Unis alignent plus d’athlètes dopés et sanctionnés (652) que la Russie (632), suivie par l’Inde (551). La grande absente reste néanmoins la Chine.

Même si des témoignages accablants ont été transmis à toutes les entités de contrôle qui officient dans le sport, rien n’y fait: la Chine reste miraculeusement pure de tout gros souci de dopage!

Une galerie de barbouzes

Donc c’est la Russie qui s’y colle. Tout est fait pour en ternir l’image, tant que son président ne changera pas. En revanche, personne ne se demande quelle en serait la perception globale si, d’aventure, les États-Unis décidaient de laisser ce pays tranquille. Est-ce dès lors un hasard si les investigations relatives au dopage russe furent menées par d’anciens agents fédéraux américains et d’anciennes barbouzes de leurs alliés britanniques? Si on lit les rapports de l’AMA sur le sujet, on ne peut que s’étonner que la coordinatrice canado-serbe de ce travail, l’avocate du sport Djana Tecic, fut embauchée explicitement pour sa connaissance de la langue russe. En revanche, aucun expert en mandarin ni en hindi n’a été approché!

Les enquêteurs américains sont tous d’anciens médaillés de la Drug Enforcement Administration (DEA), au premier rang desquels Jack Robertson, tombeur du cycliste Lance Amstrong et qui ne fait toujours pas de différence entre un sportif et un narcotrafiquant. Est-ce une simple coïncidence qu’il ait donné son interview la plus longue, la plus détaillée mais surtout la plus vindicative au média Propublica, financé par George Soros? A ses côtés, il a recruté deux de ses anciens collègues: Dave Tinsley et Brian Talay, respectivement patron fondateur et directeur des opérations de la société privée de sécurité et de renseignement 5 Stones Intelligence, basée à Miami. Une entreprise qui se flatte de travailler pour la CIA et le Pentagone.

Côté britannique, on trouve Nicholas (Nick) Connon, patron et fondateur de la société privée de renseignement Quintel, basée à Londres. Son capital fut notamment détenu par une société écran (Munlochy Holding Ltd) installée dans le paradis fiscal des Iles Vierges britanniques, plus précisément à Woodbourne Hall, Tortola. Quoi de plus normal pour une entreprise qui est mandatée pour combattre la corruption et les trafics occultes en tous genres? Nick est un ancien des services de sa Majesté, plutôt spécialisé dans l’antiterrorisme et les financements illicites. On ne sera pas surpris de le voir régulièrement prodiguer ses conseils d’expert à telle administration ukrainienne dans son combat contre l’invasion militaire russe.

Le CV de son collègue Martin Dubbey est à l’avenant. Ancien du renseignement douanier puis de la Serious Organised Crime Agency (SOCA), devenue aujourd’hui la National Crime Agency (NCA), il fut officier de liaison avec la DEA et la CIA. Cette SOCA mérite qu’on s’y attarde. Un autre membre de l’équipe d’enquête de l’AMA, Greg Kitsell, en fit partie. Il fit parler de lui en 2006, en Afghanistan, ce paradis mondial de la culture du pavot. Il fut cité par la presse anglaise pour avoir désarmé un garde du corps du ministre de la défense britannique de l’époque (John Reid), en visite de contrôle à Kandahar, afin de démontrer audit gorille qu’il n’était pas assez vigilant.

Au-delà de la mauvaise blague entre services, qui lui valut des poursuites disciplinaires, c’est toute la SOCA qui fut mise sur la sellette pour avoir, en fait, servi de marqueur de cibles à l’armée américaine qui avait subitement décidé de se débarrasser au F–16 de quelques barons locaux de la drogue. Or, selon la loi britannique, si l’armée a le droit d’attrition, ce n’est pas le cas des forces non militaires de la SOCA. Encore une transgression dans le monde sanctifié de l’inquisition sportive.

En bref, l’AMA a recruté comme enquêteurs au-dessus de tout soupçon: une juriste du sport spécialement russophone et des sous-traitants actifs de la CIA et du renseignement britannique, politiquement orientés ou compromis.

Leur enrôlement dans cette affaire accrédite évidemment la thèse d’une partialité antirusse, alors même qu’il y a eu effectivement du dopage, seul moyen sérieux de se conformer à la devise olympique et de satisfaire aux exigences des sponsors. Au-delà de la «belle humeur» que cela suscite à Washington ou Londres, on peut tout de même se demander si les jeux olympiques ne mériteraient pas une petite réforme? Un reset, comme on dit dans les états-majors militaires…

NOTE

[1]« doper», de l’anglais dope, qui provient d’une racine indo-européenne dʰewb (immerger) laquelle donne également «deep» (profond).

Source: Antipresse

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