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décembre 13, 2017

Esclavage et nouvel esclavagisme — Adil GOUMMA


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L’homme est un loup pour l’homme. C’est la citation qui me semble la plus proche de la vilenie et du cynisme de l’homme envers son congénère. Je dis proche car le philosophe anglais Thomas Hobbes, en pensant à cette métaphore, n’avait certainement pas imaginé que l’homme serait beaucoup plus cruel que le carnivore. L’exploitation de l’homme par l’homme est une ignominie qui existe depuis que le monde est monde et dont les méthodes évoluent et s’aggravent au fil du temps.

Vers la fin du XVe siècle, l’histoire allait connaître un phénomène traumatisant sans précédent. Il s’agit de la traite négrière. Des commerçants, des concessionnaires et des administrateurs avaient abordé les côtes africaines à la recherche d’hommes valides et de jeunes femmes pour en faire des esclaves. Ces derniers furent transportés sur la côte occidentale. Il faudrait signaler à ce propos que les pays de la péninsule ibérique furent les premiers à pratiquer la traite négrière. Plus tard, vers la fin du XVIe siècle, la France, la Hollande, la Grande Bretagne ou encore le Danemark entraient en concurrence dans le commerce des esclaves. A cette époque des grandes conquêtes maritimes, des armateurs avaient l’idée de transporter les Nègres vers l’Amérique pour les vendre ou les échanger contre des produits.

C’est le début du commerce triangulaire, expression désignant le processus d’échange et de commerce entre la France, l’Afrique et les Antilles. Des bateaux partaient de l’Hexagone, ils embarquaient des marchandises de toutes sortes : verroteries, des armes, des bijoux…etc. Arrivés en Afrique, au Sénégal le plus souvent, les négriers échangeaient leur cargaison contre des esclaves. Le voyage se prolongeait vers les Antilles, où des Noirs étaient débarqués chaque année en échange de sucre, de vanille et de différents produits tropicaux, rapportés en France pour y être vendus.

Par ailleurs, on peut dire que l’ère de la société marchande commence par la commercialisation des êtres humains ; il faudrait être naïf pour croire que l’abolition de l’esclavage en Angleterre en 1833 fut un acte pur et dévoué. En effet, l’argument économique pèse beaucoup sur cette décision et on assure que le travail accompli par des hommes libres coûte finalement moins cher que celui effectué par des esclaves. En plus, la dénonciation de la traite n’entraînait pas systématiquement la mise en place d’une répression effective et le trafic des nègres a connu son essor grâce aux multinationales anglaises. De surcroît, la lutte contre les négriers favorisa le développement des relations entre les Britanniques et les souverains africains : c’est était un grand pas vers la colonisation de l’Afrique. C’était de l’histoire.

Actuellement, l’exploitation de l’homme pour l’homme n’a rien perdu de son infamie, seulement elle est très subtile, trop indiscrète pour qu’on en s’aperçoive. Qui dit capitalisme dit esclavage. L’un des plus grands paradoxes de ce système est d’appeler à la liberté tandis qu’il nous traîne dans un état de dépendance et d’assujettissement… Je ne pourrais jamais me passer de ma tasse de café matinale, dirait quelqu’un ; et du thé dirait l’autre ignorant que ces produits n’existèrent dans notre société qu’à une époque récente : l’époque de leur commercialisation en abondance au début du XVII ème siècle pour le café et juste quelques décennies auparavant pour le thé.

Et les exemples se multiplient de ces dépendants dont l’indisponibilité de certains produits représente un manque cruel. Le capitalisme marchand adopte une stratégie simple : on fait habituer à la chose puis on en fait un besoin. On peut illustrer ces propos par les boissons de soda distribuées quasi gratuitement jusqu’à ce qu’on crée la demande ; ou encore le sport, et en l’occurrence le football qui était transmis sur toutes les télés pour avoir un plus grand nombre d’accros avant que l’exclusivité ne le fasse passer sur celles des plus payants.

Les nouveaux esclaves ne sont même pas conscients de leurs états de servage dont les chaînes sont recouvertes de velours et revêtues de modernité.

Si François-Dominique Toussaint Louverture a mené son combat pour l’émancipation des Noirs, je doute fort qu’un leader puisse lutter contre l’assujettissement des temps modernes par le biais de l’abrutissement. Comment convaincre l’abruti ?

Adil GOUMMA


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