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octobre 21, 2017

« État Islamique » et Al-Qaeda se rencontrent : vont-ils se regrouper sous la même enseigne?


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Le groupe Ahrar al-Sham, allié au Front Al Nosra/ Al-Qaïda en Syrie


Les commandants et les dignitaires religieux du groupe armé « État islamique » (Daech) et d’Al-Qaeda (AQ) sont engagés dans un dialogue depuis un certain temps déjà, afin d’aplanir leurs différences en vue d’une lutte commune contre leurs ennemis respectifs. Bien que les deux groupes partagent la même idéologie takfiro-salafiste, leurs objectifs et priorités diffèrent et un problème subsiste quant à la reconnaissance du leadership du « calife » (le dirigeant de Daech Abou Bakr al-Baghdadi al-Samarraei). Mais ils ont un élément en commun : AQ et Daech sont en train de perdre le Levant et la Mésopotamie.

Par Elijah J. Magnier, .

AQ a accumulé beaucoup d’expérience depuis le début de son existence dans les années 1980 et en a tiré des leçons. Contrastant très nettement avec Daech, sa nouvelle façon d’approcher la population et les autres musulmans est relativement plus amicale, même envers ceux que le groupe considère comme apostats. Le Jihad al-Tamqeen (« poursuivre la guerre sainte jusqu’à l’obtention des pleins pouvoirs et du contrôle du territoire ») lui a fait comprendre qu’il vaut mieux ne pas se mettre à dos la société où il opère, à défaut de l’avoir de son côté. Le succès de cette politique s’est révélé au Levant et au Yémen.

Il est clair que c’est la meilleure approche à adopter par AQ dans les sociétés musulmanes et non musulmanes où il opère, afin d’éviter toute distraction de son objectif à l’égard de « l’ennemi lointain ». AQ première mouture a produit Ayman al-Zawahiri, Abdallah Azzam et Oussama Ben Laden, pour qui « l’ennemi lointain » c’était les États-Unis d’Amérique. AQ deuxième mouture a produit Abou Mohammed al-Joulani, un caméléon prêt à passer d’un groupe à l’autre pour sauver son royaume, mais qui est porté à engendrer des conflits entre les groupes qui sont sommés de lui prêter allégeance. Joulani a combattu « l’ennemi proche » en Syrie pour étendre son autorité, mais a accueilli des figures marquantes d’Al-Qaeda afin de bénéficier de leur expérience et de se préparer en vue de la phase qui suivra la « conquête » du Levant (groupe Khorassan). AQ en Syrie demeure ambigu quant à ses objectifs à long terme.

Daech a adopté une approche plus sanglante et a foncé tête baissée pour atteindre des objectifs impossibles (conquérir le Moyen-Orient, l’Espagne et Rome). Il a affirmé que le monde entier était son ennemi, considérait que frapper « l’ennemi proche » était une priorité et acceptait aussi la Bay’a (allégeance) au moyen d’Internet pour ceux qui étaient prêts à mener des attaques individuelles dans les pays occidentaux où ils résidaient. « Tant que les médias en parlent, c’est bien ». Daech première mouture (Al-Qaeda en Irak) suivait la doctrine takfiro-salafiste extrémiste d’Abou Mohammed al-Maqdisi et de son disciple, Abou Moussab al-Zarqaoui, plus radical encore.

L’approche extrémiste préconisée par Zarqaoui consistait à viser aussi bien les musulmans que les non-musulmans en Irak, dans le but de provoquer une guerre sectaire pour que le plus de sunnites possible se rangent derrière lui. Ce comportement a engendré la colère de Ben Laden et de Zawahiri, qui ont reproché à Zarqaoui de s’en prendre à des musulmans chiites plutôt qu’aux USA, ce qu’ils considéraient comme inacceptable, mais en vain. Né en 1971, Abou Bakr al-Baghdadi (qui a remplacé Abou Omar al-Baghdadi) appartient à la deuxième mouture de Daech, plus violente et sanguinaire, mais capable d’utiliser avec compétence la technologie de pointe pour diffuser son message. Baghdadi a assassiné des musulmans chiites et sunnites (y compris des djihadistes salafistes) pour pouvoir s’asseoir sur le « trône du califat » qui s’écroule aujourd’hui.

La course au pouvoir et à la domination que se livraient Al-Qaeda et Daech en Syrie a nui aux deux groupes, mais c’était une véritable manne pour les populations ethniques du Levant et de la Mésopotamie. Si les deux groupes avaient uni leurs forces, aucune armée n’aurait pu leur résister. La scission a été prononcée par le porte-parole de Daech Abou Mohammed al-Adnani, dans son discours intitulé « Othran (veuillez nous excuser) émir d’Al-Qaeda », véritable défi empreint de condescendance envers le dirigeant central d’AQ, Ayman al-Zawahiri.

Il est peu probable qu’un nouveau groupe succède à Al-Qaeda et à Daech, car la scène takfiro-salafiste est saturée de gens aux idées et au comportement similaires. Compte tenu de l’extrémisme évident qui caractérise les deux groupes et de la tension qui règne entre eux (« solidement implanté et temporairement moins radical », Al-Qaeda se distingue de Daech le sanguinaire, qui a « inventé toutes sortes de moyens de tuer »), aucun nouveau groupe ne pourra proposer une doctrine religieuse innovante (takfiro-salafo-djihadiste) ou un mode de conduite à ses militants qui ont été frappés durement et qui souffrent encore en Irak et en Syrie.

La défaite des salafo-djihadistes au Moyen-Orient fait un grand bruit qui s’entend aux quatre coins du globe. Même si les deux groupes décident de se reprendre en se fondant sur leur expérience passée, des questions resteront entières : Qui en assurera la direction? Pourront-ils supporter une certaine coexistence? Daech va-t-il désigner un nouveau calife ou, en étant plus modeste, un nouvel émir pour permettre la cohabitation? C’est le problème de tous les groupes religieux extrémistes.

Dans les mois qui viennent, Daech (qui a dévoilé son existence en Syrie en mai 2011 sous le nom de front Al-Nosra avant la scission, pour devenir ensuite le groupe armé « État islamique en Irak ») devrait perdre tout le territoire qu’il contrôlait, soit l’équivalent de la moitié du territoire syrien (aujourd’hui, seulement 15 % du territoire syrien est sous la mainmise de Daech). Daech devrait se replier dans les déserts de la Syrie et de l’Irak, en étant pris en chasse et sans disposer d’un foyer ou de soutien social pour pouvoir abriter ses militants. Daech s’effondre au même titre que son principal objectif et slogan : « durable et extensif » (Baqiya wa Tatamaddad). Le califat disparaît rapidement, à force de perdre des territoires en Irak et en Syrie. Ce slogan est aujourd’hui représenté et déshonoré par un groupe périssable qui se réduit en peau de chagrin. C’est un groupe en fuite qui utilise des tactiques de guérilla traditionnelles (« opérations éclair »), la seule stratégie qu’il lui reste. Ce n’est plus un « État », car le groupe se retrouvera sous peu sans territoire défini au Moyen-Orient. Son « État » s’est dissous.

Son défunt porte-parole, al-Adnani, dans un message intitulé « Ce n’est pas notre acte de foi et il n’en sera jamais ainsi » (ma kana Hatha Manhajunawalan Yaqun), a fait cette prière à Allah : « Ô mon Dieu, s’il se trouve des Khawarij dans cet « État » (Daech), brise leur la nuque [les éliminer], tue leurs dirigeants et descend leur drapeau (…). Mais si c’est un véritable État de l’Islam, confirme-le [son pouvoir], donne-lui gloire et victoire, et soutiens son califat ». La façon dont les choses se sont déroulées montre qu’Allah a répondu clairement à la prière d’Adnani : le faux califat est en train d’être détruit et la plupart de ses dirigeants ont perdu la vie, y compris Adnani lui-même.

Quand Daech a commencé à prendre de l’expansion, sa principale arme, c’était la crainte qu’il inspirait dans les forces armées irakiennes et syriennes, en décapitant chaque prisonnier capturé dans un pur « style hollywoodien », et en employant divers moyens (poignard, noyade, immolation, explosifs, chars d’assaut) pour tuer et détruire les corps de ses prisonniers ennemis. Avec ses attentats-suicides au moyen d’engins explosifs improvisés et de véhicules piégés, Daech a semé la terreur et réussi à occuper de nombreuses villes. Aujourd’hui, les forces qui combattent Daech ont acquis suffisamment de volonté et d’expérience pour neutraliser toutes les méthodes employées par le groupe terroriste, les rendant ainsi totalement inefficaces lorsqu’il y a confrontation sur le champ de bataille.

Le seul refuge dont dispose Daech à l’heure actuelle est loin de la population. Les civils et les milieux sociaux qui ont hébergé le groupe terroriste pendant des années ont vu leurs possessions détruites pour toutes sortes de raisons, reliées en fait aux combats nécessaires pour le déloger. Des gens ont perdu de nombreux proches et membres de leur famille qui se trouvaient entre deux feux ou qui luttaient contre le groupe. Ce sont principalement des villes sunnites qui ont souffert le plus et il faudra des années pour reconstruire ce que la guerre a détruit. Il ne peut être exclu, cependant, qu’il y ait des familles qui ont soutenu et continueront de soutenir Daech à titre individuel. Ce sera le cas principalement en Irak, où le groupe a vu le jour. Mais cela ne donnera pas assez de force au groupe pour qu’il prenne un nouveau départ. Une campagne similaire à celle de 2014, quand Daech a occupé Mossoul, la deuxième ville en importance de l’Irak, de concert avec bien d’autres groupes sunnites, est aujourd’hui hors de question.

Daech devrait se métamorphoser en groupe insurrectionnel, des hors-la-loi pourchassés des deux côtés de la frontière entre la Syrie et l’Irak. Son incapacité à conquérir le Bilad al-Cham (Levant) et le Bilad ma Bayna al-Nahrayn (Mésopotamie) ne peut signifier qu’une chose : le cœur du califat islamique n’est dorénavant plus accessible ou réalisable pour Daech ou tout autre groupe du genre. Damas et Bagdad ont repoussé les attaques de Daech quand le groupe était à l’apogée de son histoire. Abou Bakr al-Baghdadi al-Samarraei, le dirigeant de Daech, a détruit tout espoir de rétablissement, pour les salafistes-djihadistes-takfiris, d’une dynastie vieille de 1 400 ans, et ce, pour encore bien longtemps dans l’histoire moderne à venir.

Mais Daech va demeurer en Égypte, en Afghanistan, au Yémen, en Afrique et en Asie, et sa présence se manifestera par des attaques tactiques spectaculaires menées par quelques « loups solitaires ». Ces frappes terroristes dans les sociétés musulmanes et occidentales sont capables de causer des dommages tactiques, mais sans efficacité stratégique, partout dans le monde.

Une innovation de Daech a été d’ouvrir la voie à une « Bay’a par Internet » (serment d’allégeance), pourvu que toute vidéo revendiquant la responsabilité d’une attaque soit enregistrée avant l’attaque en question. Derrière cela, il n’y avait pas d’autre objectif que d’essayer de semer la peur et la confusion dans les sociétés occidentales. Daech a permis à des jeunes de divers continents de confondre la réalité à leur imagination grâce à ses excellents outils de propagande, en utilisant les réseaux sociaux de manière efficace et en réussissant à « contraindre » les médias de masse captivés à contribuer à relayer son message à un auditoire plus vaste.

Aujourd’hui, Daech est cerné et attaqué de toutes parts en Syrie et en Irak. Sa situation désespérée a amené ses dirigeants à accepter un dialogue avec l’ennemi, en l’occurrence Al-Qaeda, qui lui fait concurrence. En fait, bien des rencontres ont eu lieu dans diverses parties de la Syrie, y compris à Idlib dans le nord syrien et en Turquie, avec l’objectif de tenter de réduire l’écart entre les deux groupes, confrontés à un traitement similaire.

Al-Qaeda est coincé à Idlib et sera obligé de changer de nom une nouvelle fois (du front al-Nusra à Jabhat Fath al-Cham à Hay’atTahrir al Cham), pour se cacher derrière une étiquette de « modéré », puisqu’il n’est plus considéré comme un groupe formé de « rebelles modérés » par les médias de masse et les diplomates occidentaux, qui n’ont eu cesse de promouvoir un changement de régime en Syrie depuis des années.

Al-Qaeda en Syrie devra se joindre à la Turquie, qui a promis de « domestiquer » les divers groupes présents à Idlib, au nord de la Syrie, après avoir déclaré que cette ville fait partie des quatre zones de désescalade établies. Al-Qaeda devrait jouer le jeu et retirer quelques militants de l’étranger, mais maintiendra incontestablement sa base. Al-Qaeda ne peut abandonner le Bilad al-Cham et est habitué à travailler dans l’ombre. Le Levant est trop important pour les extrémistes salafistes, car il est au cœur de l’ancien califat.

Depuis maintenant quelques années, Al-Qaeda s’est donné comme mission (contrairement à Daech qui demeure sanguinaire et brutal) de gagner « les cœurs et les esprits ». En Syrie, Abou Mohammed al-Joulani, chef d’Al-Qaeda au Bilad al-Cham, et Ayman al-Zawahiri, chef du noyau d’Al-Qaeda, ont institué un « mariage » convenant aux intérêts de chacun. Joulani a évité d’être submergé par Baghdadi, qui lui avait dit de retourner à ses origines comme simple émir de Daech (avant 2011, lorsqu’il était en Irak sous la gouverne d’État islamique en Irak). Il a préféré devenir un dirigeant indépendant relevant d’un groupe plus large, causant ainsi une division profonde entre les deux groupes. Zawahiri a bien vu l’occasion présentée par Joulani, qui permettait au chef du noyau d’AQ d’augmenter le nombre de ses militants. Il n’a pas manqué de sauter sur l’occasion, faisant du même coup la plus grande erreur de sa carrière de djihadiste, dans le simple but d’étendre son autorité honorifique au Levant. La décision de Zawahiri de maintenir la division entre Joulani et Baghdadi a enclenché une guerre entre ces mêmes djihadistes pour déterminer qui allait dominer en Syrie. Aujourd’hui, AQ et Daech sont dans la même situation et perdent tous les deux leur mainmise sur des territoires.

Cependant, AQ est non seulement basé au Levant, mais dans une cinquantaine d’autres pays. Les drones et les forces spéciales des USA ont beau avoir tué plus de 60 de ses dirigeants et agents opérationnels, AQ semble disposer d’une réserve sans fin de commandants. Il réussit aussi à s’adapter aux conditions locales et protège les intérêts de sa société d’accueil. Au Yémen, AQPA (AQ dans la péninsule arabique) s’est retiré des villes pour éviter des batailles qui auraient pu détruire des maisons. AQPA se définit aussi comme « Abna’ (fils de) Hadramout », pour souligner l’engagement local du groupe.

Que Daech et Al-Qaeda se rencontrent n’est pas vraiment une surprise, puisque les deux groupes (les grands perdants de la tentative de « changement de régime ») partagent la même idéologie, qui se veut un mélange de la pensée de Sayyid Qutb, un Égyptien du 20e siècle qui a défini la philosophie takfirie quand il était en prison, et (avant lui) du guide islamique du 13esiècle Cheikh al-Islam Taqi ad-Din Ahmad Ibn Taymiyyah. Sayyid Qutb a écrit Fi Thylal al-QuranMa’alim fil Tariq (comprenant huit chapitres sur la croyance islamique) et Khasaes al Tusawer Al-Islami (sur l’existence cosmique et humaine). Sayyid Qutb considérait que l’Islam était révolutionnaire, que les sociétés islamiques vivaient une jazziliyya (ignorance de l’Arabie préislamique) et que, par conséquent, il fallait les conduire à une compréhension renouvelée de la religion d’une manière plus dure. Ibn Taymiyyah a écrit Al Aqidat ul Wasitiyyah (les principes de l’Islam), Al Ouboudiyya (le vrai esclave de Dieu) et bien d’autres ouvrages, qualifiant tous ceux qui ne suivent pas la seule « véritable voie et croyance » comme « méritant d’être tués », même s’il s’agit de musulmans de naissance et pratiquants. Son enseignement s’inspirait de l’érudit irakien né en 780 ap. J.-C. Ahmad Ibn Hanbal, dont l’enseignement est, bien sûr, reconnu et suivi par Al-Qaeda et Daech.

Il ne s’agit donc pas seulement d’une question d’idéologie et de croyance, mais aussi d’une conception politique qui repose sur les objectifs, les priorités et la reconnaissance d’Abou Bakr al-Baghdadi comme calife. Tant que Baghdadi est vivant, il se déclare lui-même calife et tous les musulmans lui doivent obéissance. AQ a discuté de la forme du califat déclaré par Daech : Est-ce un califat particulier lié à un moment et à un endroit? Est-ce un califat de temps de guerre? Ou est-ce un califat s’imposant à tous les musulmans? Un scepticisme dominait parmi les salafo-djihadistes de l’ensemble du monde islamique, qui savaient qu’un « califat prématuré » ne réunissant pas les conditions favorables à sa survie était voué à l’échec.

Al-Qaeda estime qu’il est temps de retourner en Irak et d’appeler ses militants à se préparer à combler le vide, s’attendant à la chute du règne sanguinaire de Daech (le même genre de règne qu’AQ avait adopté il y a quelque temps et qu’il a reconnu comme inefficace et dommageable dans toutes les sociétés d’accueil). AQ pourrait avoir plus de chance que Daech en Irak, tout dépendra du gouvernement central à Bagdad et de sa façon de s’occuper des secteurs sunnites dévastés par la guerre contre Daech.

Si Baghdadi est tué, le califat et la Bay’a dont il a bénéficié vont s’effondrer, à la manière de la dynastie de Daech maintenant mise en lambeaux. Par conséquent, l’heure d’AQ viendra, parce qu’il est plus fort que Daech et possède une base solide et énormément d’expérience à son actif, contrairement aux militants de Daech, victimes d’un brasier qui les a consumés. Il convient de noter que les groupes terroristes religieux n’ont pas de structure hiérarchique (sous la direction d’un chef qui maintient l’unité du groupe qui se défait si ce chef disparaît), mais plutôt une structure horizontale (bien des successeurs peuvent remplacer le chef s’il meurt ou se retire) : il y a toujours un nouvel émir capable de diriger le groupe. Mais dans le cas du « calife » Baghdadi, la Bay’a lui a été accordée pour son « État », pour la saisie du territoire sous son contrôle et pour l’argent qu’il a investi dans d’autres wilayats partout dans le monde. Une fois Baghdadi parti, le noyau de Daech, qui perd du terrain au Moyen-Orient, qui ne peut plus atteindre Bagdad et Damas (l’ancien centre du califat islamique) et qui n’a plus d’argent à distribuer (Daech garde sûrement des fonds en vue de resurgir d’une façon ou d’une autre, sans toutefois en avoir assez pour en distribuer), sera plus faible que tous les groupes qui lui sont affiliés à l’extérieur du Moyen-Orient, aussi peu importants soient-ils.

L’ère de Zarqaoui (qui trouvait Ben Laden trop conciliant!) « al-Thab’bah » (le boucher) et de Baghdadi après lui (qui s’en est pris à Zawahiri et l’a rabaissé) s’achève. Le même danger menace AQ. Les deux groupes sont donc forcés de collaborer sans nécessairement fusionner. Daech l’entêté ne peut se plier aux volontés de l’émir d’AQ Abou Mohammed al-Joulani, qui a flirté avec les athées de l’Armée syrienne libre et toléré la présence de groupes à la croyance « faible » (parmi les groupes islamiques combattant au sein des forces rebelles syriennes loyales à la Turquie, au Qatar, à l’Arabie saoudite à la Jordanie et aux USA). Daech devra composer avec Zawahiri et son cercle restreint au Levant.

Daech est préparé en vue des « jours sombres ». Il a maintenant perdu toutes ses sources de richesse (la plupart des gisements pétroliers sont en train de passer aux mains des gouvernements syrien et irakien) et ne peut plus imposer les taxes du temps de son règne, qui garnissaient ses coffres de millions de dollars chaque jour. Mais ses dirigeants sont prêts à affronter l’ère qui suivra la défaite, surtout depuis la bataille de Mossoul (Irak) et la chute de Palmyre et de Deir Ezzor (Syrie).

Comme rapporté précédemment, les deux groupes doivent assainir leurs différences et trouver un terrain d’entente, ce qui n’est pas impossible dans la situation où ils se trouvent. AQ et Daech devraient collaborer, mais pas fusionner. Un front uni contre leurs ennemis est vraiment nécessaire et on devrait assister sous peu à une sorte de trêve entre les deux groupes. Malheureusement, la fin de la guerre en Syrie et en Irak ne signifie pas pour autant la fin des problèmes au Moyen-Orient.

Par Elijah J. Magnier | 

Analyste en risques politiques, Elijah J Magnier a passé plus de 30 ans à couvrir le Moyen-Orient, notamment l’Iran, l’Irak, le Liban, la Libye, le Soudan, et la Syrie.

Article original en arabe:  

Version Anglaise: Traduction : Daniel G.


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