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mai 28, 2017

Le moment « Des hommes d’influence » de Trump, par Robert Parry


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Source: Consortiumnews.com, le 07/04/2017 Par Robert Parry

Le président Trump a reçu les applaudissements des néoconservateurs pour sa décision hâtive d’attaquer la Syrie, et pour avoir tué une douzaine de syriens environ, mais son acte irréfléchi présente tous les signes d’un moment « Des hommes d’influence », écrit Robert Parry.

Deux jours seulement après que la nouvelle a éclaté d’une attaque présumée au gaz toxique dans le nord de la Syrie, le président Trump a balayé les conseils de certains analystes du renseignement des États-Unis doutant de la culpabilité du régime syrien, et a lancé en représailles une frappe de missiles meurtrière contre un terrain d’aviation syrien.

Le destroyer lance-missile USS Porter conduit des offensives depuis la mer Méditerranée, le 7 avril 2017.

Trump a immédiatement reçu les applaudissements de Washington, en particulier des néoconservateurs, qui essaient d’arracher le contrôle de sa politique étrangère à ses conseillers personnels tournés vers la nation, depuis les jours qui ont suivi sa victoire surprise le 8 novembre.

Il y a aussi un conflit interne concernant le renseignement. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le secrétaire d’État Rex Tillerson a dit que la communauté du renseignement des États-Unis avait évalué avec un « haut degré de confiance » que le gouvernement syrien avait largué une bombe à gaz toxique sur des civils dans la province d’Idleb.

Mais de nombreuses sources du renseignement ont fait des analyses contradictoires, déclarant que la majorité des preuves suggérait l’implication des rebelles affiliés à al-Qaïda, soit qu’ils aient orchestré la fuite intentionnelle d’un agent chimique par provocation, soit qu’ils possédaient des cuves de gaz toxique qui se sont rompues lors d’un raid de bombardement conventionnel.

Une source d’un service de renseignement m’a dit que le scénario le plus probable était un coup monté par les rebelles destiné à forcer Trump à renverser une politique annoncée seulement quelques jours auparavant, c’est-à-dire que le gouvernement des États-Unis ne viserait plus un « changement de régime » en Syrie et se focaliserait sur l’attaque de l’ennemi commun, les groupes terroristes islamiques qui représentent le noyau des forces rebelles.

Mon interlocuteur m’a dit que l’équipe de sécurité nationale de Trump était divisée entre les conseillers personnels proches du président, comme l’énergumène nationaliste Steve Bannon et son propre gendre Jared Kushner d’un côté, et les néocons de l’ancienne ligne qui se sont regroupés derrière le conseiller en sécurité nationale H.R. McMaster, un général de l’armée, protégé du favori des néocons le général David Petraeus.

Lutte interne à la Maison-Blanche

Dans ce récit, l’éviction préalable du général Michael Flynn du poste de conseiller en sécurité nationale et le renvoi cette semaine de Bannon du Conseil de sécurité Nationale étaient des étapes clés dans la réaffirmation de l’influence des néocons dans la présidence de Trump. Les personnalités étranges et l’extrémisme idéologique de Flynn et de Bannon ont rendu leur éviction plus simple, mais ils représentaient des obstacles que les néocons voulaient lever.

Bien que Bannon et Kushner soient souvent présentés comme des rivaux, selon ma source, ils partageaient la conviction que Trump devrait dire la vérité sur la Syrie, en révélant l’analyse de la CIA sous l’administration Obama que l’attaque mortelle au gaz sarin de 2013 était une opération sous « faux drapeau » destinée à embobiner le président Obama pour qu’il rejoigne pleinement la guerre en Syrie du côté des rebelles, et ils partageait les convictions des analystes du renseignement à propos de l’événement de mardi, qui sont identiques.

Au contraire, Trump a accepté l’idée de se précipiter sur un jugement hâtif rendant Assad responsable de l’épisode du gaz toxique d’Idleb. Mon interlocuteur a ajouté que Trump a vu l’attaque aux missiles de la nuit de jeudi comme une façon pour que Washington parle d’autre chose, à un moment où son administration subit de vives attaques de la part des Démocrates prétendant que son élection résulte d’une opération clandestine russe.

Si changer le récit était le but de Trump, il a plutôt atteint un début de succès avec plusieurs des plus vifs critiques néocons, comme le sénateur néocons John McCain et Lindsey Graham, qui saluent la frappe de missiles, tout comme le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Les néocons et Israël cherchent depuis longtemps un « changement de régime » à Damas même si une éviction d’Assad pourrait conduire à une victoire des extrémistes islamiques associés à al-Qaïda et/ou à l’État islamique.

Des hommes d’influence

Trump usant d’une stratégie « Des hommes d’influence », mettant en évidence son leadership dans une crise internationale pour détourner l’attention de problèmes politiques internes, cela rappelle les menaces du président Bill Clinton d’attaquer la Serbie début 1999 alors que sa procédure de destitution était enclenchée pour avoir eu une relation sexuelle avec la stagiaire Monica Lewinsky. (Clinton a, lui aussi, été accusé d’user d’une stratégie « Des hommes d’influence » lorsqu’il a mis à feu des missiles vers des bases supposées d’al-Qaïda en Afghanistan et au Soudan en 1998 en représailles des attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie.)

 

Les conseillers de Trump, dans leur conférence de presse de jeudi soir, se sont étendus sur la compassion qu’éprouve Trump pour les victimes du gaz toxique et sa détermination à bombarder l’armée d’Assad contrastant avec le souhait d’Obama de laisser le renseignement mener une enquête sérieuse sur les preuves concernant le cas du gaz sarin de 2013.

Finalement, Obama écouta ses officiers du renseignement qui lui dirent qu’il n’y avait pas de preuve irréfutable impliquant le régime d’Assad et il retint une frappe militaire à la dernière minute – tout en maintenant la fiction que le gouvernement des USA était certain de la culpabilité d’Assad.

Dans chacun des cas – 2013 et 2017 – il y avait de fortes raisons de douter de la responsabilité d’Assad. En 2013, il venait d’inviter les inspecteurs des Nations Unies en Syrie pour enquêter sur des cas où les rebelles auraient pu user d’armes chimiques et de ce fait il était improbable qu’il ait lancé une attaque au gaz sarin dans les banlieues de Damas, étant sûr que les inspecteurs de l’ONU en seraient avertis.

De même, l’armée d’Assad est maintenant en position de force vis-à-vis des rebelles, et Assad vient de marquer une victoire diplomatique majeure avec l’annonce par l’administration de Trump que les États-Unis ne cherchaient plus un changement de régime en Syrie. Le perspicace Assad saurait qu’une attaque aux armes chimiques en ce moment provoquerait sans doute des représailles des États-Unis et remettrait en question ce que son armée avait réussi avec l’aide russe et iranienne.

Le contre-argument à cette logique – présenté par le New York Times et d’autres médias de la tendance néoconservatrice – tient essentiellement à affirmer qu’Assad est un fou barbare qui testerait sa nouvelle position de force en provocant le président Trump. Bien sûr, si c’était le cas, il serait logique qu’Assad se vante de son geste, plutôt qu’il ne le nie.

Mais logique et respect des faits ne prévalent plus au sein de Washington, ni dans les médias mainstream aux États-Unis.

Insurrection du renseignement

L’inquiétude dans la communauté du renseignement US au sujet de la décision hâtive de Trump d’attaquer la Syrie a fait écho du Moyen-Orient jusqu’à Washington, où l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi rapporta que ses contacts dans le renseignement sur le terrain avaient été choqués par la distorsion de la nouvelle affaire de gaz toxique par Trump et les médias mainstream US.

Philip Giraldi, ancien officier de la CIA (Crédit photo: Gage Skidmore)

Giraldi dit en interview sur le net à Scott Horton : “J’entends des sources sur le terrain au Moyen-Orient, des personnes en contact direct avec les informations disponibles, qui disent que le scénario que nous entendons tous, le gouvernement syrien ou les Russes utilisant des armes chimiques sur des civils innocents, est une imposture.”

Giraldi dit que ses sources sont plutôt en accord avec l’analyse qui postule un dégagement accidentel du gaz toxique après un bombardement aérien par les Russes d’un dépôt d’armes d’al-Qaïda.

“Les informations confirment largement le compte-rendu donné par les Russes … qui est qu’ils ont frappé un entrepôt où les rebelles – ceux-ci étant bien sûr connectés avec al-Qaïda – où les rebelles stockaient leurs propres produits chimiques et cela a finalement provoqué une explosion qui a causé ces pertes. Apparemment le renseignement est très clair sur ces faits.”

Giraldi dit que la colère chez les membres de la communauté du renseignement, provoquée par la distorsion de l’information afin de justifier les représailles militaires de Trump, est si forte que certains officiers sous couverture envisagent de se prononcer publiquement.

“Dans l’agence [la CIA] et dans l’armée, ceux qui ont l’information paniquent car Trump a réellement déformé ce qu’il aurait déjà dû savoir – mais peut-être qu’il l’ignorait – et ils craignent que la situation évolue en direction d’un conflit armé,” disait Giraldi avant le tir de missiles de jeudi soir. “Ils sont stupéfaits du jeu que jouent l’administration et les médias US.”

Couverture partiale

Les médias grand public américains ont représenté la crise actuelle avec le même biais profondément néoconservateur qui infecte la couverture de la Syrie et du grand Moyen-Orient depuis des décennies. Par exemple, le New York Times de vendredi a publié un article important de Michael R. Gordon et Michael D. Shear qui présentait la responsabilité du gouvernement syrien pour l’incident au gaz toxique comme un fait avéré. Le développement ne daignait même pas mentionner les dénégations de la part de la Syrie et de la Russie quant à une quelconque utilisation intentionnelle de gaz toxique.

 

L’article est également conforme au désir de Trump d’être montré comme un dirigeant décisif et puissant. Il est décrit comme menant d’intenses délibérations sur la guerre ou la paix, et faisant montre d’une profonde humanité envers les victimes du gaz toxique, l’un des rares moments où le Times, qui est devenu une feuille de propagande néoconservatrice de référence, a écrit quelque chose de favorable sur Trump.

Selon les rapports syriens de vendredi, l’attaque américaine a tué 13 personnes, dont 5 soldats, sur la base aérienne.

Gordon, dont les services à la cause néoconservatrice sont notoires, était l’auteur principal avec Judith Miller de l’histoire du Times sur le faux “tube en aluminium” en 2002, qui prétendait à tort que le dirigeant irakien Saddam Hussein redémarrait un programme d’armement nucléaire, un article qui fut alors cité par les assistants du président George W. Bush comme un argument clé pour l’invasion de l’Irak en 2003.

Concernant les événements de cette semaine, le désir désespéré de Trump d’améliorer l’image négative que les médias donnent de lui et les preuves douteuses incriminant Assad dans l’incident d’Idleb pourraient correspondre au scénario du film de 1997 “Des hommes d’influence”, dans lequel un président attaqué de toutes parts crée une crise artificielle en Albanie.

Une fausse scène de guerre dans la comédie noire de 1997 “Des hommes d’influence”, montrant une jeune fille et son chat fuyant sous un bombardement en Albanie.

Dans le film, l’opération de la Maison-Blanche est une opération psychologique cynique destinée à convaincre le peuple américain que d’innocents enfants albanais, dont une charmante fillette portant un chat, sont en danger, alors qu’en réalité la fillette est une actrice jouant devant un écran vert qui permet d’insérer des scènes de ruines fumantes en arrière-plan.

Aujourd’hui, parce que Trump et son administration sont désormais décidés à convaincre les Américains qu’Assad est vraiment responsable de la tragédie du gaz toxique de mardi, les perspectives d’une enquête exhaustive et transparente sont effectivement nulles. Nous pourrions ne jamais savoir s’il y a du vrai dans ces allégations ou si nous avons été manipulés dans une opération psychologique à la manière “Des hommes d’influence”.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a publié une grande partie des articles sur l’affaire Iran-Contra pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source: Consortiumnews.com, le 07/04/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.



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